Arts et spectacles

Henriette Valium: le pape montréalais de la bande dessinée alternative

L’exposition Habuimus papam – Nous avions un pape prend fin le 29 mai. Photo: Jason Paré, Métro Média

La maison de la culture Janine-Sutto consacre une exposition à Henriette Valium, présenté comme le pape montréalais de la bande dessinée alternative.

Intitulée Habuimus papam – Nous avions un pape, l’exposition présente des planches du bédéiste, mais également d’autres types d’œuvres – vidéo, musique et tableaux –, puisque Henriette Valium était un artiste pluridisciplinaire.

De son vrai nom Patrick Henley, Henriette Valium est né en 1959. Il est considéré comme l’une des figures marquantes du 9e art underground montréalais des années 1980 et 1990. Décédé en septembre dernier, il a reçu en 2018 le prix Albert-Chartier afin de souligner sa contribution inestimable au monde de la bande dessinée québécoise.

Parmi les œuvres exposées, on retrouve des tableaux et des planches consacrées à Tintin – rebaptisé Nitnit pour éviter les poursuites. Pastiche éclaté et acide de ce personnage incontournable de la bande dessinée franco-belge, cette série de création se présente comme une déconstruction de l’œuvre d’Hergé.

«Valium ne voulait pas, comme les puritains, brûler Tintin, une influence de son enfance comme pour beaucoup; il voulait le “décâlisser”, ce que je trouve bien plus subversif», explique la journaliste de La Presse Chantal Guy, dans une citation reproduite sur les murs de la salle d’exposition.

Nitnit, la version «décalissée» de Tintin par Henriette Valium. Photo: Jason Paré, Métro Média

Pour public averti

Provocatrice, l’œuvre d’Henriette Valium pourrait en choquer certains. Un avertissement «Pour public averti» se trouve d’ailleurs à l’entrée de la salle d’exposition de la maison de la culture Janine-Sutto.

Au-delà de certains collages obscènes – dont celui d’un personnage doté d’un énorme phallus –, Henriette Valium a fait une série de portrait de Klaus Barbie – un criminel de guerre nazi bien connu – et utilisé le svastika dans certaines de ses créations.

Concernant ce symbole lourd de sens, l’artiste affirme que l’objectif ne se limite pas à de la simple provocation, comme on peut le lire sur les murs de l’exposition.

«L’utilisation du swastika n’est pas innocente […] Je sais que c’est provocant et ambigu, mais pour ma part, c’est une façon de militer pour la réhabilitation de ce symbole humanitaire et universel perverti par les nazis d’Adolf.»

Henriette Valium, de son vrai nom Patrick Henley.

Selon l’artiste, sa motivation initiale dans ses créations était de décrire nos sociétés telles qui les percevaient: «surconsommation, pollution, débauche de moyens, océan de communications futiles et inutiles», énumère-t-il.

Angoissé par l’actualité, Henriette Valium canalisait ce sentiment par le dessin.

«La bédé, c’est pour construire mon angoisse, les tableaux pour la déconstruire, mais dans l’ensemble, c’est surtout pour ne pas sombrer.»

Les gens qui souhaitent (re)découvrir cet artiste hors norme ont jusqu’au 29 mai pour visiter l’exposition Habuimus papam – Nous avions un pape, à la maison de la culture Janine-Sutto, située à l’arrière de l’édicule de la station de métro Frontenac.

Le mot «svastika» (ou swastika) vient du sanscrit et signifie «bonne fortune» ou «bien-être». Le motif, une croix crochetée, semble avoir d’abord été utilisé en Eurasie il y a 7000 ans, peut-être pour représenter le mouvement du soleil au fil de la journée. C’est toujours un symbole sacré dans l’hindouisme, le bouddhisme, le jaïnisme et l’odinisme aujourd’hui. On le voit encore sur de nombreux temples et maisons d’Inde et d’Indonésie.

Source: The Museum’s Holocaust Encyclopedia, consulté le 12 mai 2022.

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