Soutenez

«En attendant Raif», le combat d’Ensaf

Ensaf Haidar et ses enfants. Photo: Gracieuseté, Office national du film

«J’ai choisi mon mari», raconte fièrement Ensaf Haidar dans En attendant Raif, documentaire de l’Office national du film qui prend l’affiche vendredi dans certaines salles du Québec. Réalisé par Luc Côté et Patricio Henriquez, il condense en deux heures et demie les huit dernières années de la vie de cette véritable force de la nature.

C’est qu’Ensaf n’a pas qu’attendu son mari, le tristement célèbre prisonnier d’opinion Raif Badawi. Elle a activement milité pour sa libération, faisant de son combat une lutte pour les droits humains, tout en élevant ses trois enfants à Sherbrooke, dans un pays dont elle avait tout à apprendre – la langue, les valeurs, les droits – et où elle est arrivée effrayée, à la fin de la vingtaine.

Même si c’est le prénom de son mari qui fait le titre du documentaire, c’est sur Ensaf et ses enfants que le film se concentre. C’est ainsi que, entre une rencontre avec Justin Trudeau et une visite à Michelle Obama, on l’entend nous raconter l’histoire de son couple, cette union qu’elle a «choisie», contrairement à beaucoup d’autres saoudiennes. Par brides, elle se prononce sur sa culture d’origine, tandis que les signes de son intégration se multiplient, du sapin de Noël qui reprend annuellement sa place dans le salon à sa campagne comme candidate pour le Bloc québécois l’an dernier.

Ses enfants, Doudi, Myriyam et Najwa, ont l’air aussi allumé qu’elle. Cette fillette qui critique courageusement le gouvernement souadien pour l’absence de droits des femmes dans le pays ou ce garçon qui raconte le moment où il a découvert avec incompréhension que son père était en prison témoignent de leur réalité tout en grandissant loin de ce parent incarcéré. Plus le temps passe, plus une distance se crée entre le père et ses enfants, qui le connaissent quasi uniquement à travers un téléphone, mais qui façonnent leur parcours par cette absence, espérant éventuellement combattre les injustices à leur tour.

Qu’en disent les gouvernements?

Mais En attendant Raif n’est pas qu’une histoire de famille. En une décennie, Ensaf, avec l’aide d’Amnistie internationale et d’autres activistes, a mis la pression sur une succession de gouvernements fédéraux, d’abord pour qu’ils dénoncent la peine – incluant un millier de coups de fouet – de son mari, puis pour qu’ils contribuent à sa sortie de prison… ce qui n’est jamais survenu.

En effet, aucune manifestation, aucune vigile, aucun appel à l’aide pour faire respecter les droits humains n’ont pesé suffisamment dans la balance pour l’État, dont toute l’hypocrisie est soulevée dans le documentaire. Parce que les poignées de main, les sourires et les promesses n’ont pas effacé les intérêts financiers que des figures politiques ont fait passer avant les valeurs humanistes.

Cette toute petite femme («menue menue», dirait Anne Dorval) impressionne par son courage sans cesse renouvelé, malgré toutes ses raisons d’être abattue. Ça ne fait que rendre les grands moments de bonheur encore plus puissants, comme ce jour de 2018 où Ensaf et ses enfants ont obtenu la citoyenneté canadienne et, surtout, ce mois de mars 2022, quand Raif a finalement été libéré.

Son époux, Ensaf ne l’a pas vu depuis 10 ans. Même s’il est maintenant sorti de prison – parce qu’il est arrivé à la fin de sa peine, pas parce que des pressions internationales ont contribué à sa libération – Raif ne peut quitter l’Arabie saoudite avant une autre décennie. L’attente continue.

Chaque semaine, une sélection des nouvelles de votre arrondissement.

Nos infolettres vous suivent partout.

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.