Si on nous demandait notre avis…
Deux Québécois sur trois considèrent l’utilisation d’une automobile comme une nécessité absolue, selon un sondage réalisé en 2010 pour les Rendez-vous de l’énergie. Réduire la consommation de pétrole est impossible, à leurs yeux.
Or ce pétrole, nous l’importons en totalité, et on estime à 14 G$ par année le coût de cette source d’énergie.
La consommation de pétrole, et en particulier l’usage de l’automobile, sont parmi les principales causes du réchauffement climatique.
Mais ce n’est pas demain qu’on réussira à se passer du pétrole. On a peut-être découvert des gisements en Gaspésie et à l’île d’Anticosti, mais pour encore longtemps, il faudra importer celui-ci.
Il est question d’inverser la canalisation du pipeline Enbridge pour faire circuler du pétrole en provenance de l’Alberta, jusqu’à Montréal puis Québec. On parle de 300 000 barils par jours.
Il s’agit d’un projet qui soulève, bien entendu, de nombreuses questions liées autant à la sécurité des populations vivant à proximité du pipeline qu’à l’impact sur les émissions de GES. D’aucuns opposent les emplois à l’environnement. L’argument de la souveraineté énergétique est aussi évoqué.
Pour répondre à ces questions, il n’est pas nécessaire d’être un technicien expert, car celles-ci portent surtout sur les impacts économiques, sociaux et environnementaux d’un tel projet. Les citoyens sont, sur ces sujets, les meilleurs arbitres.
Or l’Office national de l’énergie, qui doit mener des consultations sur ce projet, vient de publier les règles de participation à l’audience. Ces règles limitent la participation aux personnes capables de démontrer, en remplissant un formulaire de 10 pages, soit qu’elles sont «directement touchées» par le projet (un critère mal défini), soit qu’elles détiennent une expertise sur ce sujet.
Ces nouvelles règles découlent du projet de loi C-38 du gouvernement Harper et constituent un recul démocratique, car des citoyens se verront privés de leur droit de participer au processus de consultation. Ensuite, on leur reprochera de manifester dans les rues…
Il y a longtemps qu’on sait que la meilleure façon d’arbitrer les intérêts dans des projets comme ceux-ci est de consulter les citoyens dans le cadre de processus ouverts et transparents, qui obligent les promoteurs à dévoiler l’ensemble des informations pertinentes sur leur projet et qui permettent à toute personne désireuse de se prononcer de le faire par des moyens faciles d’accès.
À la question «êtes-vous pour ou contre un pipeline?», ma réponse sera toujours : ça dépend. Ça dépend des impacts, ça dépend du coût, des buts du projet, des retombées économiques et sociales. Mais ça dépend aussi des autres scénarios qui pourraient m’être proposés pour répondre aux besoins énergétiques de notre société.
Un gouvernement responsable et visionnaire ouvrirait le débat pour s’assurer, en fin de compte, de prendre la meilleure décision.