Y a-t-il un decent human being dans la salle?
Geneviève St-Germain, rédactrice en chef invitée du 26 novembre. Elle signe ici une chronique.
Grossières indécences, le temps des barbares, festival de la magouille, les expressions ne manquent pas pour décrire ce que l’on peut ressentir en observant l’actualité politique québécoise récente. De tous les bords se profile une forme de contagion de l’immoralité sur fond d’ignorance, de tromperies et d’intimidation au besoin. Quelques exemples en vrac. C’est le PQ avec son projet de charte guidé par un électoralisme crasse, sans chiffres à l’appui, qui attise les peurs séculaires, désigne des ennemis-es intérieurs-es, libérant à la fois la parole xénophobe et l’hostilité des bannis. Un gouvernement de qui on attendait mieux se révèle ainsi aussi irresponsable et «divisif » que le gang de Jean Charest au printemps 2012.
Ailleurs, c’est le syndicaliste Michel Arsenault qui sans vergogne, à coup de procédures judiciaires, tente de miner l’exercice de vérité de la commission Charbonneau. Le même que l’on a vu, ce lundi, éructant à la tribune du congrès de la FTQ, déclarer avec toute la grâce langagière que les écoutes électroniques nous ont déjà permis de constater «c’est le bout de la marde. La plus grande tromperie du sièkke.» Se plaignant que le syndicalisme soit devenu le bouc émissaire des malversations des banques et des patrons. Et que la cause des problèmes de sa centrale réside dans l’acharnement des médias. Une fine analyse considérant les semaines de témoignages qui donnent de son syndicat le portrait d’une organisation fonctionnant selon des règles d’intimidation et d’omertà comparables à celles d’un clan de bandits à la petite semaine. Une FTQ-Construction inféodée aux patrons les moins recommandables, gangrenée par les mafias et par des pantins lâches ou cupides déguisés en protecteurs des droits des travailleurs. Quant à la succession d’Arsenault, rien de neuf sous le soleil de la croisière, son seul adversaire s’est subrepticement désisté en fin de course et son dauphin désigné devrait être élu à la fin de la semaine. On a tort de croire que les bonnes vieilles traditions se perdent!
À un autre niveau, c’est Denis Coderre, populiste pur jus et fier de l’être, flanqué de surcroît d’une partie de l’équipe de l’ancienne administration ravagée par la corruption, que l’on a élu à la mairie de Montréal. Le citoyen lambda est-il à ce point confondu par la répétition de mensonges qu’il en a perdu la mémoire? Plus le mensonge est gros, plus il passe, disait un stratège fasciste. Aussi étrange que cela puisse paraître, l’explication de cette crise de moralité ou peut-être de déficit de civilisation pour ceux que le mot dérangerait se trouve peut-être du côté de Toronto. Sur le mode caricatural, le maire Ford ne nous annonce-t-il pas la fin de la dignité? À ce jour, le grotesque personnage bénéficierait du soutien de 42 % de la population. Ça parle de l’état d’une société! L’électeur a fini par concevoir la plus grande défiance envers les institutions, les politiciens et les supposées élites qui l’ont trahi et abandonné. Le manque d’autorité des partis traditionnels et la rectitude politique à outrance l’ont dégoûté. Qui filtre le moucheron laisse passer le chameau, dit l’adage. Et il ne sait pas encore que la droite populiste qui le flatte dans le sens de ses moins nobles intérêts manifeste ainsi un total mépris de son humanité.
L’on ne peut que se désoler que toute une frange de la population ne sache plus distinguer le bien du mal. Si empêtrée dans ses mensonges et aveuglements consentis jour après jour, qu’elle est incapable de hauteur. Ni de vues, ni de sentiments. Comme ceux et celles qui la représentent.
Geneviève St-Germain a récemment lancé un premier roman.
Sœurs d’âmes
Stanké
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.