Éveiller aux langues pour former le sens civique
Language. Selon Françoise Armand, professeure au Département de didactique de l’Université de Montréal, l’éveil aux langues est un excellent moyen de développer la tolérance chez les élèves du primaire, notamment en milieu plurilinguistique.
«L’apprentissage des lan-gues joue un rôle éducatif puisque l’intolérance à l’égard de l’autre passe par le mépris de la langue de l’autre, soulève Mme Armand. Éduquer à la tolérance linguistique conduit ainsi à la formation du sens démocratique.»
C’est la conclusion qu’elle tire d’une expérience d’éveil aux langues qu’elle poursuit avec sa collègue Diane Dagenais, de l’Uni-versité Simon Fraser, en Colombie-Britannique, au-près d’élèves de cinquième et de sixième année de Vancouver et de Montréal.
Les deux professeures ont lancé le projet ELODIL (Éveil au langage et ouverture à la diversité linguistique). Grâce à des activités comme l’étude des emprunts linguistiques, l’évaluation de l’écriture, la connaissance de proverbes et de contes étrangers, et la recherche sur les origines de noms de lieux, l’enfant acquiert des habiletés métalinguistiques qui lui permettent de prendre conscience du fonctionnement de la langue.
Réduire la tension
Selon Françoise Armand, une telle approche permet de réduire la tension qui se crée entre les politiques d’éducation multiculturelle et la hiérarchisation qui s’installe entre les langues.
«Le monolinguisme qui s’instaure dans les classes mène à la non-reconnaissance de l’autre, au sentiment d’unicité linguistique et à une baisse d’estime de soi chez les élèves allophones», affirme-t-elle, en se référant à des recherches sur le sujet.
Une étude longitudinale effectuée auprès des élèves du projet ELODIL montre que les enfants de classes plurilinguistiques arrivent très bien à mettre leurs connaissances respectives en commun afin de comprendre un texte en langue étrangère. Il s’ensuit des échanges et des discussions qui vont bien au-delà du texte et qui amènent les élèves à découvrir les aspects historiques et culturels liés aux langues.
«En examinant, par exemple, le titre Le petit chaperon rouge, traduit en plusieurs langues, les élèves réfléchissent aux ressemblances et aux différences relevées et réalisent un parcours dans divers pays», a souligné la didacticienne. Les exercices n’en restent pas à ce niveau et vont jusqu’à comparer la formation de phrases négatives dans des langues comme le français et l’inuktitut.
Les deux chercheuses ont par ailleurs amené les élèves de Montréal et de Vancouver à échanger des photos révélant le paysage linguistique de leur ville dans l’affichage. Un tel exercice permet de se rendre compte que la diversité linguistique est toujours attachée à un environnement historique et culturel précis.
Journal forum de l’université de Montréal