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Le SPVM en mission à l'étranger: le nombre d'agents pourrait doubler

Être agent du SPVM, ce n’est pas que patrouiller dans les rues de Montréal. C’est parfois partir en mission aux quatre coins de la planète. Ces dernières années, le SPVM envoyait en moyenne 25 agents à l’étranger par an. La demande étant croissante, à la mi-ocobre, ils seront 38 à s’envoler vers Haïti pour 9 mois.

À 48 ans, Christian Nantel est déjà parti en mission en Bosnie-Herzégovine et au Sierra Leone. Cet été, il revenait d’Haïti, où les Canadiens représentent, avec environ 100 hommes, le plus gros contingent de policiers étrangers. «Une bonne partie de la drogue qui se vend à Montréal transite par Haïti, explique Christian Nantel. On travaille donc avec la Police nationale haïtienne, entre autres pour surveiller les pistes d’atterrissage clandestines.»

Mais la principale plaie en Haïti, ce sont les enlèvements contre rançon. On en compte en moyenne un par jour, selon le commandant Nantel. «Les kidnappeurs demandent de 150 à 200?000 $ au début, mais ça finit souvent par se conclure autour de 10 000 $.»

Les enlèvements, un business
Le cas de Nadia Lefebvre, une jeune travailleuse humanitaire enlevée en mai, n’a d’ailleurs pas fait exception. «Les enlèvements, c’est devenu un vrai business pour certains. Tu fais cinq ou six enlèvements par an et tu es tranquille pour l’année. Et si tu te fais prendre, tu auras assez d’argent pour que ton avocat paie le juge et te fasse sortir», ajoute-t-il.

L’autre rôle des policiers canadiens consiste à former la police locale à certaines techniques policières. «Il y a pas mal de travail de ce côté-là. Par exemple, en Haïti, par manque de moyens, on ne pratique pas la prise d’empreintes; ça n’est même pas reconnu comme élément de preuve devant un tribunal», explique M. Nantel.
L’autre chose qu’il essaie d’enseigner, c’est la notion de continuum dans l’utilisation de la force. «Pour certaines recrues, c’est difficile d’intégrer qu’un policier soit responsable de son prisonnier et que, par exemple, il ne doive pas le frapper s’il porte des menottes.»

Vingt à trente par cellule
Mais il n’y a pas que les policiers haïtiens qui profitent de ce type de collaboration. «Chaque policier Montréa­lais devrait partir en mission à l’extérieur, ne serait-ce que pour comprendre ce que c’est que d’être un étranger quelque part et être aussi capable, au retour, de travailler dans des conditions difficiles», pense-t-il. 

Même si Christian Nantel trouve les Haïtiens admirables, il admet que la vie n’est pas toujours rose là-bas. «J’ai visité la prison la plus dure. Il y a 6 lits par cellule et, pourtant, ils sont 20 à 30 là-dedans… Ça brise le cÅ“ur!»

Avis aux volontaires, donc, il faut avoir un solide dossier pour partir en mission : il faut 10 ans d’expérience, un dossier vierge, une bonne santé et les recommandations de ses supérieurs. Il est aussi nécessaire de ne pas être trop idéaliste d’après M. Nantel, car, «si tu t’en vas pour changer le monde, tu vas te casser la gueule; les changements de fond, ça prend du temps».

De plus, le commandant Nantel a une suggestion à faire aux magistrats québécois qui expulsent les membres de gang de rue montréalais : «Ça n’est pas sûr qu’on s’aide en les déportant. Au début, ils font un peu pitié, perdus dans les rues de Port-au-Prince, mais il ne faut jamais longtemps avant qu’ils utilisent leurs contacts pour reprendre leur trafic.»

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