Apprendre le latin pour mieux maîtriser le français
À l’Université de Montréal, les cours de latin sont tellement populaires qu’on doit refuser des étudiants en première année! Pourquoi tant d’intérêt pour une langue «morte»?
«Parce qu’elle est une porte d’accès essentielle à notre histoire, à notre culture et à notre langue, répond Jean-François Cottier, professeur au département des littératures de langue française et directeur du Centre d’études médiévales. Le latin a survécu à la chute de l’Empire romain et est resté la langue savante de l’Occident tout au long du Moyen Âge et de l’époque moderne : Abélard, Thomas d’Aquin, Érasme, Descartes, Spinoza et même Rimbaud ont écrit en latin!
Pour comprendre la vie des gens de cette période, les historiens doivent étudier des documents rédigés en latin, des certificats de baptême aux textes politiques en passant par les textes historiques, philosophiques ou scientifiques.»
Le latin tourné vers l’avenir
Si la pertinence du latin pour l’historien, le littéraire ou le philosophe n’est plus à démontrer, doit-on pour autant conclure qu’il s’agit d’une langue uniquement tournée vers le passé?
«Pas du tout, rétorque Jean-François Cottier. Le latin se parle et évolue encore aujourd’hui.» Avez-vous lu Harrius Potter et philosophi lapis, la première aventure du jeune sorcier? Elle a été traduite en latin et même en grec ancien! Vous tenez-vous informé en regardant les nouvelles à l’instrumentum televisificum (le nom latin de la télévision) ou grâce à l’internet sur votre novum instrumentum computatorium (ordinateur)? Ces mots ne datent certainement pas de l’époque de Jules César!
Retour à l’école secondaire
Mais s’il est bien vrai que peu de gens parlent encore aujourd’hui un latin vivant, pour Jean-François Cottier, sa valeur n’est pas là. Outre la dimension culturelle de sa connaissance, son apprentissage permet une vraie réflexion sur sa propre langue. «Je voudrais qu’on réintroduise sérieusement le latin à l’école secondaire, propose-t-il. Cette langue possède une structure extrêmement logique : la comprendre fait appel à l’esprit d’analyse, la traduire en français, à la créativité et à la rigueur.»
En France, on a d’ailleurs réintroduit le latin dans des classes d’éducation prioritaire, à la fois comme outil d’intégration et, surtout, comme instrument d’ac-
quisition des structures grammaticales de base. L’opération a été un tel succès qu’on est même en train de réouvrir dans ces établissements des classes de grec.