Vivre l'Amérique en français
Une fois par mois, Métro propose, en collaboration avec le projet Alliés Montréal de la Conférence régionale des élus de Montréal (CRÉ), des portraits de personnes immigrantes qui ont réussi à s’intégrer dans leur milieu de travail. Entretien avec Sékou Keita.
Né au Maroc non loin de Casablanca, Ahmed Oriane n’a pas encore deux ans lorsqu’il fait ses premiers pas vers l’Occident. C’est au début des années 1970. Son père, Å“uvrant dans l’industrie du textile, saisit une occasion professionnelle et déménage toute la petite famille en Lorraine, dans le nord-est de la France. Avec ses frères et sÅ“urs, Ahmed grandit entre les bancs de l’école française et les champs des Vosges.
Plus tard, Ahmed entreprend des études universitaires à Nancy et les poursuit à Marseille. Il cumule des diplômes en électronique, en électricité et en informatique. Il termine son parcours académique dans le sud, qu’il ne veut plus quitter. «J’adorais la vie à Marseille et la culture méditerranéenne. Mais comme les perspectives d’emploi étaient meilleures au nord, je suis remonté sur Paris.» Il y travaillera pendant un an.
Ahmed décide ensuite d’apprendre l’anglais. Il a une occasion formidable d’aller étudier la langue à Harvard Extension School, à Boston, où réside un de ses oncles. Il pense y rester six mois. Mais l’école Berlitz, où il a postulé pour devenir professeur de français, lui propose un emploi à temps plein, permanent, alliant des tâches informatiques et administratives. Il accepte sans hésiter.
«À Boston, j’ai vécu dans une bulle pendant quatre ans. Tout était beau, tout était facile. C’est là où tout a commencé pour moi. J’en garde un souvenir impérissable. J’ai vécu mon american dream.» Mais le rêve prendra fin. Malgré le soutien indéfectible de Berlitz, qui tient à le garder, Ahmed n’obtient pas sa carte verte.
«Je ne voulais pas retourner en France. Je connaissais l’atmosphère là-bas et la culture du travail. Les enfants d’immigrants de ma génération n’ont pas un taux de réussite extraordinaire. L’avancement au travail est difficile et, rapidement, on tourne en rond. Je voulais rester en Amérique. Et je voulais la vivre en français.»
En juillet 1999, Ahmed débarque à Montréal pour y commencer une nouvelle vie. Par le biais d’une agence de placement, il obtient un contrat chez IBM, qui prendra fin à l’automne 2001. Quelques semaines plus tard, Ahmed trouve du travail chez Xerox. Il est à l’emploi de la compagnie depuis plus de 10 ans maintenant.
«C’est une entreprise qui valorise toute forme de diversité. C’est très ouvert et inclusif comme milieu de travail. Je suis heureux ici. En plus, j’ai la chance de participer à toutes sortes de formations qui me permettent de développer mes compétences. Je ne pouvais pas demander mieux.»
Ahmed aime l’Amérique et, apparemment, l’Amérique l’aime aussi. Il a réussi là où plusieurs immigrants échouent: il a su s’adapter à la culture du travail et au rythme de la productivité. Ce qui ne l’empêche pas de rêver de lenteur et de tranquillité pour ses vieux jours. À la retraite, il aimerait rentrer dans son patelin natal avec sa femme et ses deux enfants et ouvrir un petit café à Mohammedia. Pour discuter avec les gens et pour les regarder prendre le temps de vivre.
L’émission de Radio Canada
International Tam-Tam Canada a produit une version radio de ce reportage
que vous pouvez trouver sur le site web de l’émission au www.rcinet.ca/francais.
Aussi diffusé en direct aujourd’hui à 14 h 05, sur la radio web de RCI,
sur la radio satellitaire Sirius sur la bande 95 et le lendemain à 4h
au 95,1 FM.