Étudier maintenant, payer plus tard?
«C’est une attaque historique à l’accessibilité à l’éducation, estime Gabriel Nadeau Dubois, porte-parole de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE). Le Québec est l’endroit en Amérique du Nord où les droits de scolarité sont les plus bas, cela devrait être une fierté, non pas une honte», défend-il.
Ceux qui s’opposent à la hausse craignent que l’écart se creuse entre les étudiants plus riches et ceux moins favorisés, qui risquent de renoncer aux études su-périeures. «C’est une vision clientéliste de l’université», dénonce Michel Seymour, professeur au Département de philosophie de l’Université de Montréal.
Selon les associations universitaires, la hausse annoncée n’est pas adaptée à la réalité des étudiants, qui déjà sont en moyenne endettés de près de 14 000 $ par année d’études, selon la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ).
Cette hausse est cependant jugée nécessaire par les économistes. Le sous-financement des universités québécoises par rapport à la moyenne canadienne s’élève aujourd’hui à 620 M$. Ce déficit serait dû en partie à un désengagement de l’État fédéral. Ottawa a décidé de réduire les transferts aux provinces en éducation post-secondaire depuis 1994-1995. «On peut encore demander à ce que ce financement soit rétabli, mais pour l’instant, on n’obtient aucune réponse», précise Michel Seymour.
Pour tenter de freiner l’endettement étudiant, certains pays anglo-saxons, comme le Royaume-Uni, ont établi un système de prêts avec remboursement proportionnel au revenu. Les droits de scolarité sont financés en premier lieu par le gouvernement, et l’étudiant rembourse ce prêt une fois diplômé, si son salaire atteint un certain niveau.
Il semble pourtant que ce système n’empêche pas la facture de monter. Les droits de scolarité au Royaume-Uni passeront, en 2012, de 3 000 £ par année à 6 000 £, voire 9 000 £ pour certains établissements.
«Nous avons envisagé toutes les options, mais nous n’avions pas d’autres solutions pour rattraper les pertes causées par les coupes budgétaires, reconnaît Lee Edbon, président du think-thank universitaire Million +, spécialisé dans les études supérieures. Nous espérons que les étudiants feront le choix de continuer à venir à l’université.»
Ajouter un seuil supplémentaire d’impôt permettrait d’aller chercher une partie de l’argent manquant, selon les experts. Mais selon eux, il faut avant tout prendre le problème à la base : lutter contre le décrochage scolaire qui risque de s’accroître avec une hausse des droits de scolarité et appeler à la responsabilisation d’Ottawa.
«Si le gouvernement canadien refinançait les provinces, cela permettrait de baisser les droits de scolarité et donnerait la possibilité au gouvernement du Québec de disposer de ressources additionnelles pour mieux financer les universités québécoises», conclut Michel Seymour, de l’Université de Montréal.