Formation et emplois

Déconfinement: les effets psychologiques du changement au travail

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Quels seront les effets du déconfinement au travail? Photo: Istock/montage Métro

ANALYSE – Tout changement mené au sein d’une organisation a nécessairement un impact sur les gestionnaires et sur les équipes. C’est d’autant plus vrai en temps de pandémie. Ces répercussions sont-elles positives ou négatives?


En période de changement, même si les retombées attendues sont bénéfiques pour l’entreprise, il est normal que les employés éprouvent certaines préoccupations. Cette réalité pourrait être encore plus forte dans le contexte actuel, alors que le Québec entre dans une nouvelle période de déconfinement. Celle-ci apporte un énième lot de changements aux habitudes de travail, et souvent aux structures des équipes.

«Ils peuvent vivre de l’anxiété, du stress, de la tristesse, une forme de deuil, etc. D’autres, au contraire, seront enthousiastes. […] Tout dépend de la personne et de la façon dont la transformation la touche», explique Céline Bareil, professeure titulaire au Département de management de HEC Montréal.

«Ainsi, dans la population en général, on évalue que 5 à 10% sont porteurs de changement, qu’environ 30 à 40% y sont favorables et vont y adhérer, alors qu’une proportion équivalente se montre méfiante et que 5 à 10% y sont hostiles», ajoute Julie Carignan, psychologue organisationnelle et associée au sein de la firme-conseil SPB.

Cela dit, lorsqu’ils sont exposés à des changements permanents, tous les travailleurs sont à risque de vivre un épuisement professionnel. Mais les employeurs ont des outils pour réduire ce risque.

«La communication est souvent défaillante en période de changement. Il faut la rendre fluide et transparente, tout en gérant efficacement les attentes. Il est également essentiel de laisser un espace aux employés pour qu’ils puissent participer et contribuer. On peut, notamment, créer des forums d’échange afin qu’ils en discutent, proposent des idées», conseille Julie Carignan. Il faut aussi des rétroactions régulières.

L’impact sur les gestionnaires

Parce que la direction compte sur ses gestionnaires pour servir de courroie de transmission avec les équipes sur le terrain, ceux-ci sont touchés de plein fouet, indique Céline Bareil. «Tout d’abord, ils doivent comprendre et s’approprier le changement, puis faire le lien avec leurs équipes, mais aussi avec les collègues, les clients, les fournisseurs, etc. C’est à eux qu’incombe la réorganisation du travail, la formation du personnel. Il peut aussi y avoir un impact sur les budgets et l’attribution des rôles.»

«On voit des entreprises littéralement brûler leurs gestionnaires avec des demandes irréalistes, note Julie Carignan. […] Tout devient une priorité, mais il n’y a que 24 heures dans une journée.»

Il faut dire que les gestionnaires sont généralement recrutés sur la base de leur capacité à s’adapter au changement. Mais même s’ils possèdent le bon éventail de compétences, il reste que cela draine énormément d’énergie.

Alors, comment ménager ses gestionnaires? Julie Carignan rappelle l’importance de la formation, qui permet de les outiller avec les meilleures pratiques de gestion du changement.

Enfin, le message doit absolument être cohérent et bien aligné, de la haute direction jusqu’au terrain. Car si chacun rame dans un sens différent, il y a fort à parier que le bateau ne se rendra nulle part.

Par Emmanuelle Gril, revue Gestion HEC Montréal

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