Jocelyne Montpetit et la passion de transmettre
Jocelyne Montpetit assure la mise en scène de la pièce Les aveugles, de Maurice Maeterlinck, qui sera présentée cette semaine par la cuvée 2013 des finissants de l’École nationale de théâtre Métro a interrogé la danseuse et chorégraphe d’envergure internationale sur sa passion de l’enseignement de la danse et du théâtre.
Parallèlement à votre carrière de créatrice et d’interprète, que vous menez depuis plus de 30 ans partout sur la planète, pourquoi avez-vous choisi d’enseigner?
Pendant cinq années au Japon, puis en France, j’ai travaillé avec des maîtres qui m’ont transmis leurs expériences sur le travail de l’acteur, du danseur, ainsi que les notions de présence et d’interprétation. Lorsqu’on a eu la chance de recevoir un enseignement aussi riche qu’essentiel de la part de sommités aujourd’hui disparues, la continuité passe obligatoirement par la transmission. Ce sont des choses qui s’apprennent de corps à corps, et non, par exemple, en regardant des vidéos sur l’internet. Le métier d’interprète est un art vivant, ça le dit bien.
Vous enseignez aussi à des jeunes Japonais. Quelles sont les grandes différences entre les cultures orientale et occidentale? Les Japonais sont-ils plus soumis devant leur maître?
Sans employer le mot soumission, je dirais qu’effectivement les Japonais font montre d’un respect presque inné envers les personnes qui possèdent plus de connaissances qu’eux sur un sujet. C’est une société plus hiérarchisée. Un enfant n’est pas l’égal d’un adulte, et ainsi de suite. Mais c’était la même chose lorsque j’étudiais à Paris. On venait de partout dans le monde et nous étions conscients que le maître en savait plus que nous. Peut-être qu’au Québec, on a peu à peu développé une tendance à niveler, à mettre tout le monde sur un pied d’égalité, et cela depuis la petite enfance. Je pense qu’il faut faire attention à cela si l’on veut apprendre quelque chose. On ne doit pas oublier que ceux qui nous ont précédés maîtrisaient davantage de connaissances, détenaient plus d’expérience.
Comment transmettez-vous votre passion et inculquez-vous le goût du travail, de la rigueur et de la difficulté à vos élèves?
Comme je suis aussi interprète, je leur donne des exemples des exigences que l’on retrouve sur une scène professionnelle. Il y a des choses très simples qui peuvent les interpeller. Par exemple, lorsque l’on sent qu’un professeur est passionné, on reçoit mieux son enseignement. Dans notre domaine, il faut toujours être allumé, savoir pourquoi nous sommes là et aussi pourquoi nous désirons transmettre quelque chose. Parfois, j’appuie mon propos en leur faisant visionner, par exemple, des films sur des maîtres afin qu’ils perçoivent et perpétuent la passion. Ce métier est tellement difficile qu’on ne peut pas l’exercer sans passion.
Quelles sont les plus grandes difficultés inhérentes à votre travail d’enseignante?
La plus grande qualité requise est la patience. Il faut, surtout en création, se rappeler qu’on s’adresse à des élèves et non pas à des gens qui possèdent 10 ou 15 ans de métier. Lorsqu’on a l’habitude des scènes professionnelles, les choses se déroulent et s’intègrent rapidement. Ce qui ne peut pas être la même chose avec des jeunes en formation, et cela, même s’ils connaissent bien la profession. Il faut toujours s’en souvenir, ce qui nous renvoie à la patience.
Pensez-vous que nous avons perdu la notion du corps dans notre société?
Plus la technologie avance, moins on utilise son corps. Avant, tout le monde l’utilisait. Le corps faisait partie des professions. Au Québec, on vient tous plus ou moins de familles de fermiers. Je me souviens qu’à 85 ans, ma grand-mère pouvait encore poser ses mains par terre sans s’accroupir. Toute sa vie, elle avait plié et déployé son corps d’une façon naturelle. On assiste aujourd’hui à un affaiblissement à cet égard. Il faut donc donner le goût d’utiliser et de montrer l’importance de cet instrument élémentaire chez l’acteur et, évidemment, chez le danseur (…).
Les aveugles?
«Un groupe d’aveugles, abandonnés par leur guide dans une forêt, tentent de comprendre où ils sont et pourquoi leur guide a disparu. Plus qu’une histoire qui relèverait de l’anecdote, Les aveugles est un drame humain qui comprend une part de métaphysique et de questionnement sur la mort. On pourrait même imaginer qu’il s’agit d’âmes errantes… On pourrait aussi imaginer qu’il n’y a pas de corps du tout, mais j’ai voulu donner un corps à ce travail-là… Cela exige une écoute et une attention minutieuses et permanentes du texte et de tous les déplacements de la part des jeunes interprètes. Ce sont des voyants qui incarnent des aveugles, ne l’oublions pas. Il s’agit d’une expérience sensorielle et corporelle, qui implique aussi des questions existentielles plus grandes que nous. Le thème est sombre, mais en même temps, il y a une lumière», résume la metteure en scène Jocelyne Montpetit.
Les aveugles
De Maurice Maeterlinck
- Mise en scène de Jocelyne Montpetit
- Avec les finissants 2013 de l’École nationale de théâtre, la pièce sera présentée aux Ateliers Jean-Brillant jusqu’au 27 avril.