Environnement

Aquaponie: le premier laboratoire d’envergure de la province ouvre ses portes à Montréal

L’entreprise québécoise ÉAU (Écosystèmes Alimentaires Urbains) vient d’annoncer l’ouverture du tout premier laboratoire d’ampleur en aquaponie au Québec. Situé en pleine zone urbaine, à Montréal, le «LabÉAU» est un nouveau pôle de recherche et de développement qui marque un tournant dans l’émergence de cette industrie qui pourrait bien révolutionner nos modes de consommation.

L’aquaponie est une technique de production alimentaire considérée comme une solution de choix pour une transition vers une agriculture à faible impact environnemental.

Il s’agit de la symbiose entre l’élevage d’organismes aquatiques, l’aquaculture et l’hydroponie.

Des employés du LabÉAU en action dans la zone aquacole, à proximité des nombreuses plantes cultivées. (Crédit photo: ÉAU, Josué Bertolino)

Fondée sur les principes d’économie circulaire, cette pratique tente d’imiter au mieux ce qui se produit en nature, où les déchets des poissons deviennent des ressources pour les plantes.

«On élève et nourrit des poissons, qui grandissent et peuvent être à terme consommés. Comme la plupart des animaux, ces derniers vont produire des déchets organiques qu’on va venir convertir en quelque chose qui est assimilable par les plantes», décrit Benjamin Laramée, cofondateur et directeur scientifique d’ÉAU.

Si ces déchets ne sont pas encore assimilables directement, ceux-ci vont subir un traitement appelé «la minéralisation».

«C’est un procédé que l’on réalise pour décomposer la partie organique des substances récupérées. Avec ça, on va ensuite nourrir les plantes, qui prennent ces nutriments pour pousser.»

L’aquaponie est la symbiose entre l’élevage d’organismes aquatiques (ici, des perchaudes), l’aquaculture et l’hydroponie. (Crédit photo: Gracieuseté, LabÉau)

LabÉau de recherche

Sous la direction de Benjamin – une des références en aquaponie au Québec –, le LabÉAU permettra de conduire des activités expérimentales et de développement, en collaboration avec des instituts et centres de recherche.

Le LabÉAU se veut le pôle de recherche sur l’aquaponie au Québec, une technologie de production alimentaire en développement partout dans le monde et pour laquelle il y a un intérêt grandissant au Québec depuis quelques années.

Benjamin Larimée, cofondateur et directeur scientifiaue d’ÉAU

Alors que l’aquaponie repose actuellement sur des technologies qui fonctionnent déjà, le LabÉAU permettrait d’aller plus loin dans leur optimisation.

«On travaille actuellement sur trois grands axes stratégiques qui sont la réduction de l’empreinte environnementale, la diversification des produits – autant au niveau des poissons qu’au niveau des fruits et légumes –, et l’optimisation des procédés afin de réduire les coûts d’opération», explique le directeur scientifique.

Benjamin Larimée et Julien Le Net sont les deux cofondateurs du Lab’Éau. (Crédit photo: Gracieuseté, Lab’Éau)

Préserver l’environnement

Benjamin Laramée explique que l’intérêt de développer des fermes aquaponiques réside dans le fait qu’elles permettent de produire plus facilement une grande variété de fruits et de légumes.

Celles-ci permettraient aussi de produire du poisson à longueur d’année, indépendamment des conditions climatiques.

«Ça nous permet d’augmenter notre autonomie alimentaire. Que ce soit d’un point de vue économique, social ou environnemental, les intérêts sont grands et nombreux», déclare le biologiste de formation.

Si le Québec est selon lui «l’un des pays le plus en retard» en termes de recherche en aquaponie, Benjamin explique que l’avenir serait très prometteur pour la commercialisation de ces fermes.

«Ici, on est au 3e étage d’un immeuble et on peut produire du poisson et de la bouffe. C’est quand même intéressant. On travaille déjà sur des projets d’aquaponie en plein cœur de Montréal.»

(Crédit photo: Gracieuseté, ÉAU)

La première ferme aquaponique à vocation commerciale devrait d’ailleurs être en construction dans le courant de l’année 2022 à Montréal, et d’autres devraient voir le jour dans le courant de l’année 2023.

Le projet de recherche de l’entreprise québécoise intéresserait aussi plusieurs organisations à but non lucratif, comme à Gatineau, où se développe le Complexe Aquaponique de l’organisme les SUN (Serres Urbaines Notre-Dame).

Certains petits entrepreneurs et des communautés rurales de la province ont également manifesté leur intérêt.

«On a des agriculteurs locaux qui ont manifesté leur intérêt d’installer des fermes aquaponiques sur leur terrain. Certaines communautés des Premières Nations veulent aussi augmenter leur autonomie alimentaire en se procurant une ferme aquaponique», ajoute Benjamin.

L’aquaponie en chiffres

  • L’aquaponie commerciale utilise jusqu’à 90% moins d’eau que les formes d’agriculture industrielle.
  • Les systèmes aquaponiques ont la capacité de produire plus de 500 variétés différentes de fruits, légumes, fines herbes et une grande variété d’espèces aquacoles.
  • 10. C’est le nombre de projets sur lesquels travaille actuellement l’entreprise ÉAU, au Québec, en Europe et en Afrique subsaharienne.

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