«Le monde développé doit aider les peuples vulnérables dans la lutte climatique»
Candidate malheureuse au prix Nobel de la paix en 2007, la militante écologiste d’origine inuite Sheila Watt-Cloutier est connue pour avoir fait des changements climatiques une question de droit humain. Le mode de vie de son peuple, a-t-elle maintes fois répété, est bouleversé par les nouveaux caprices de dame Nature.
À quelques semaines de la conférence de Copenhague, la quinquagénaire refuse de sombrer dans le pessimisme ambiant : si un accord convenable ne peut être conclu au Danemark, il le sera plus tard. Mme Watt-Cloutier enjoint aussi les pays développés à aider les peuples les plus affectés par les changements climatiques dans leur lutte environnementale.
C’est dans un peu moins d’un mois, à Copenhague, que les divers acteurs internationaux doivent donner suite au protocole de Kyoto. Pour le moment, les négociations sont dans l’impasse. Même l’ONU affirme qu’un accord ne sera probablement pas trouvé. Quel est votre avis?
Si un accord devait être trouvé, il le serait déjà. Mais ce n’est pas parce que l’ONU dit qu’on n’arrivera pas à de bons résultats que nous devons réduire nos attentes, notre capacité et même notre énergie à quelques semaines de Copenhague. Il y aura d’autres Copenhague qui mèneront à un changement.
Que pensez-vous de la résistance de certains pays occidentaux à participer financièrement aux efforts environnementaux des pays en développement?
Ceux qui subissent les impacts négatifs des changements climatiques sont les pauvres, les peuples indigènes. Ces peuples, qui ont le moins contribué aux changements climatiques, n’ont pas les outils nécessaires pour s’ajuster et faire des changements parce qu’ils sont déjà dans un état de vulnérabilité. Aider les ceux qui n’ont pas contribué au problème climatique est la moindre des choses que peuvent faire les pays développés.
En 2007, vous disiez que la fonte des glaces modifierait considérablement le mode de vie dans l’Arctique au cours du siècle. Croyez-vous que la situation est irréversible?
Ce ne sera pas irréversible à court terme. Mais nous voulons tenter de ralentir le processus, de prévenir une accélération de la fonte des glaces.
Pourriez-vous me donner un exemple de comportement que votre peuple a dû changer en raison du réchauffement climatique?
Nous sommes un peuple de chasse qui dépend de la neige et de la glace. Et les conditions de glace sont devenues imprévisibles. Cela a une grande influence sur la sécurité. Quand il neige, la terre devient notre autoroute. Idem pour la glace; elle devient une plate-forme sur laquelle nous chassons. Aujourd’hui, il est devenu dangereux pour les familles et les chasseurs de circuler sur la glace.
Sentez-vous que les Nord-Américains sont plus sensibles aux effets du réchauffement climatique dans le nord depuis que vous avez attiré l’attention sur ces enjeux?
Je crois que oui, mais pas seulement parce que moi ou le mouvement auquel j’appartiens avons attiré l’attention sur cet enjeu. À cause de la fonte des glaces, les ressources de l’Arctique font l’objet d’une accessibilité croissante, ce qui est attirant pour le reste du monde. Il y a aussi des enjeux liés à la souveraineté. Le passage du Nord-Ouest pourrait être libre de glace et devenir une route de navigation. Moi, au lieu de voir la fonte comme étant bénéfique pour le monde, j’essaie d’attirer l’attention sur la préservation de la glace et sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Dans le fond, protéger la glace est la façon la plus sûre de se protéger de toute intrusion ou de ceux qui veulent faire de l’Arctique leur possession.
Sheila Watt-Cloutier donnera une conférence le 3 novembre, à 19 h, à la salle Marie Gérin-Lajoie de l’UQAM.