Mode pour tous à la Braderie de mode québécoise
Promouvoir les designers d’ici. Voilà la cause noble que défend la designer Anne de Shalla saison après saison depuis 18 ans à la Braderie de mode québécoise, qu’elle produit. Cette fois, la foire de la mode locale s’est donné une nouvelle mission : prouver que les créateurs savent habiller la diversité corporelle.
Non, la mode n’est pas faite que pour les grandes élancées ou pour les corps virils découpés au couteau. Lentement mais sûrement, les perceptions sont appelées à changer, grâce à des personnalités comme les mannequins taille plus Amy Lemons et Crystal Renn. Toutes deux dénoncent haut et fort le peu de diversité corporelle dans l’industrie, la première par l’intermédiaire de l’organisme Model Alliance, qu’elle a cofondé, et la seconde dans son autobiographie, Hungry.
Plus près de chez nous, la Semaine de mode de Montréal s’est mobilisée dès 2007, interdisant les mannequins considérées comme trop maigres. On a vu, deux ans plus tard, les instances gouvernementales mettre sur pied la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée (CHIC). Objectif : promouvoir une image corporelle saine et diversifiée en impliquant entre autres les milieux de la mode, de la publicité et des médias. La préoccupation excessive à l’égard du poids est aussi sur la sellette.
Pour les organisateurs de la Braderie, d’autres avenues restaient toutefois à explorer. D’où l’idée de faire de certaines personnalités au physique «ordinaire» des mannequins «extraordinaires», par exemple ceux que Métro présente aujourd’hui dans ses pages.
Mettant en vedette la comédienne Frédérique Dufort, l’animatrice et comédienne Amélie Grenier, l’animateur Sébastien Diaz et la chroniqueuse Claudia Marques, ces clichés prouvent sans l’ombre d’un doute qu’on n’a pas besoin d’avoir la silhouette brindille des mannequins professionnels pour porter avec panache les créations d’ici. «Les designers pensent de plus en plus à créer en fonction des différents corps», s’est d’ailleurs réjouie Amélie Grenier pendant l’essayage.
Claudia Marques, qui a donné naissance il y a quelques mois à son second enfant, admet pour sa part qu’il faut accepter que le corps change. Selon elle, le secret est de mettre ses atouts en valeur. «Plutôt que de se concentrer sur nos petits défauts, il faut mettre l’accent sur ce qu’on aime», renchérit la jeune Frédérique Dufort.
La démarche a évidemment interpellé des organismes sensibles à la cause, dont ÉquiLibre. Dédié à la prévention des problèmes reliés au poids et à l’image corporelle, cet OSBL chapeaute aussi la campagne Derrière le miroir. Cette initiative a pour objectif «d’aiguiser l’esprit critique des adolescents face à la beauté et de les amener à militer pour que soit représentée davantage de diversité corporelle», rappelle sa directrice, Fannie Dagenais.
Du côté d’Anorexie et boulimie Québec (ANEB), on croit également que les images véhiculées dans les médias sont en partie responsables d’une piètre estime de soi, ouvrant grand la porte aux troubles alimentaires. «La minceur est souvent associée à la santé, à la volonté, au bonheur et à la séduction, énumère Mélanie Guénette-Robert, sexologue et responsable du volet éducation et prévention à l’ANEB. Certaines personnes s’imaginent alors que perdre du poids est un signe de réussite.»
Selon elle, la meilleure manière de briser ces perceptions erronées est la mobilisation de l’industrie et des médias, qui doivent envoyer le message qu’un corps beau et en santé peut prendre plusieurs formes. «Et c’est déjà commencé», se réjouit-elle.
Infos
La Braderie de mode québécoise a lieu du 18 au 21 octobre au Marché Bonsecours. Des dizaines de designers québécois seront présents.
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Pour montrer, preuves à l’appui, que la mode québécoise s’adapte à toutes les silhouettes, nous avons fait appel à quatre personnalités d’ici. Amélie Grenier, Claudia Marques, Sébastien Diaz et Frédérique Dufort se sont prêtés au jeu, le temps d’une séance photo.
1. Amélie Grenier
Comédienne et animatrice, présidente du jury Industrie de l’image du prix Image/in
Haut : Mélissa Nepton
Legging : Mélissa Nepton
«J’ai toujours rêvé d’être mannequin, alors aujourd’hui, je me gâte! À cause de mon physique, on m’a toujours dit que je ne pourrais pas faire des choses du genre. Pourtant, ma vie professionnelle est bien remplie : je chante, je danse, je joue. La revanche est douce au cœur de l’Indienne.»
2. Claudia Marques
Animatrice radio et télé, ambassadrice d’Anorexie et boulimie Québec
Redingote : Elisa C Rossow
Haut : Bodybag by Jude
Jupe : Bodybag by Jude
Sac : Rudsak
Serre-tête : Ophelie Hats
«Je pense qu’on fait de très, très belles choses au Québec. Vraiment, en ce qui me concerne, nos designers n’ont rien à envier aux créateurs internationaux. On se différencie aussi beaucoup des autres à cause de nos quatre saisons.»
3. Sébastien Diaz
Animateur et blogueur invité pour la campagne Derrière le miroir
Veste : Atelier b.
T-shirt : Atelier b.
Pantalon : Atelier b.
Sac : Rudsak
«Je m’intéresse davantage à la mode pour femmes. C’est peut-être parce qu’en Amérique du Nord j’ai du mal à trouver des vêtements qui me vont bien. C’est toujours un peu trop grand; les coupes à l’américaine très amples ne vont pas aux silhouettes plus fines comme la mienne.»
4. Frédérique Dufort
Comédienne, porte-parole de la campagne Derrière le miroir et présidente du jury Jeunesse du prix Image/in
Robe : Birds of North America
Sac : Rachel F.
Bottes : Rudsak
Tuque : Rachel F.
«J’adore la mode! Ce que j’aime le plus, c’est faire des trouvailles, créer quelque chose au prix le plus bas en fouillant dans les présentoirs. Actuellement, je découvre la mode québécoise; il n’y a pas que les grandes surfaces!»