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Histoire d’un parfum

Photo: Métro

La journaliste Denyse Beaulieu et le nez Bertrand Duchaufour se sont inspirés l’un l’autre. Elle en lui livrant le secret de ses nuits sévillanes, prémisse de ce qui allait devenir un parfum édité par L’Artisan Parfumeur, lui en la laissant coucher sur papier l’histoire intime du fameux jus, justement nommé
Séville à l’aube.

Dans Parfums. Une histoire intime, la Québécoise d’origine, établie à Paris depuis des années, décrit non seulement un processus qui aura duré plus d’un an, mais elle arrive avec brio à y intégrer histoires et bribes d’entretiens avec de grands parfumeurs, «qui sont à la fois poètes et scientifiques», précise-t-elle. Nous avons donc jasé parfums ensemble – quoi d’autre! – alors que Denyse Beaulieu était de passage à Montréal pour le lancement ici de la traduction française de son essai.

Séville à l’aube est un parfum surprenant, séduisant…
C’est parce que c’est un parfum qui a une âme! Rien à voir avec les grandes marques commerciales, qui font une chose pour plaire au monde entier. Ce parfum a été fait un peu comme on écrit un poème ou un roman, comme on compose de la musique. Aujourd’hui, tout le monde fait à peu près la même chose en copiant les recettes qui marchent. Ça se résume à des fleurs collées sur du bois avec du caramel. Ça ne veut pas dire que ça sent mauvais pour autant, mais c’est comme si, au lieu d’emprunter l’autoroute de la créativité, les gens restaient sur une route de deux mètres de large.

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Y a-t-il quand même des exemples de parfums commerciaux qui vous ont particulièrement plu?
J’ai récemment redécouvert (untitled) de Maison Martin Margiela, qui sent l’herbe fraîche coupée tout en ayant un côté musc enveloppant. J’ai aussi beaucoup aimé Eau d’Issey Absolue, une variation de ce classique sortie au printemps dernier qui sentait les fleurs miellées et le nectar. Il y a aussi Baiser volé de Cartier, qui donne l’impression de se frotter le nez dans un bouquet de lys. Il ne faut quand même pas tout dédaigner. C’est souvent plus réussi quand les équipes de développement sont bien décidées et qu’elles ne cherchent pas à plaire à tout un chacun.

Tant de flacons sont lancés chaque saison. Comment choisir?
D’abord en se donnant du temps, en mettant le parfum sur sa peau et en vivant avec lui une journée, peut-être deux. L’idéal, c’est de se procurer un échantillon. Les parfums commerciaux sont souvent faits pour séduire les gens pressés : ils arrivent en magasin, sont séduits par le nom d’une marque, font un pschitt sur la mouillette et s’ils aiment ça, ils repartent avec. Tout le travail est donc fait sur les notes de tête pour accrocher les gens tout de suite. Arrivé au fond, le parfum n’a pas beaucoup de structure; c’est un magma, un mélange de musc et de bois sans caractère. Et pourtant, c’est le fond qui reste avec nous pendant des heures! Pour choisir un parfum, il faut laisser aller notre cœur, notre âme, mais il faut aussi laisser passer du temps et l’écouter, parce que le parfum devient notre identité.

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Parfums. Une histoire intime,
Presses de la Cité
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