Collection Blanc Cashmere 2009: De papier de toilette à haute couture
Le papier de toilette a la cote ces jours-ci. Pour la sixième année consécutive, des designers de partout au pays ont accepté de créer une tenue entièrement en papier hygiénique. Cette initiative a pour but de soutenir la recherche sur le cancer du sein. La nouveauté : pour la première fois, la collection comprendra de la lingerie et des accessoires, comme des chapeaux, des sacs à main et des bijoux.
Les quatre designers québécois qui participent à l’aventure cette année se dévoilent à la faveur de trois questions.
Mike Mitto (Tavãn & Mitto)
Quelle a été votre inspiration?
Même si on y avait déjà participé (en 2004-2005), ce qu’on trouvait intéressant cette année, c’est le fait de travailler avec du vrai papier hygiénique et pas avec du cachemire. Pour changer des petites robes, on a choisi de faire un gros manteau d’hiver de style doudoune qui est très enveloppant, comme le cachemire.
Quel était le principal défi?
Le papier déchire tout le temps! Simplement passer de la vapeur pouvait poser problème. Il a donc fallu établir une méthode de travail avec des techniques plus exigeantes. Et contrairement à d’habitude, il fallait fabriquer nos propres tissus à partir du papier.
Si on vous donnait l’occasion de le faire, avec quels matériaux inusités aimeriez-vous travailler?
Avec tout! De la matière vivante, des métaux… Tout sauf des animaux.
Anastasio Lomonova
Quelle a été votre inspiration?
D’abord, le papier hygiénique lui-même. Travailler avec une matière nouvelle, que je n’avais jamais touchée auparavant, m’a permis de repousser mes limites et de voir jusqu’où je pouvais aller. Je me suis aussi inspirée de créations de Pierre Cardin, de Christian Lacroix et de Paco Rabanne. Je voulais faire quelque chose d’extravagant.
Quel était le principal défi?
Il est évident que cette matière est très fragile. Il ne faut pas trop la manipuler, sinon elle se désintègre dans nos mains! Comme j’ai l’habitude de travailler avec des tissus délicats, comme la soie et le satin, mon expérience m’a beaucoup aidée. Cela dit, je n’ai pas eu l’impression que c’était si difficile. C’était vraiment une belle expérience créative, un beau défi artistique.
Si on vous donnait l’occasion de le faire, avec quels matériaux inusités aimeriez-vous travailler?
Je ne sais pas! Je n’ai jamais pensé qu’un jour j’allais faire une robe à partir de papier de toilette. J’ai l’impression que cette expérience m’a permis de réaliser que rien n’est impossible, qu’il n’y a aucune limite à la créativité. Donnez-moi quelque chose et j’en ferai une robe! Je serais intéressée à travailler avec n’importe quoi, que ce soit du plastique ou autre chose.
Dinh Bà
Quelle a été votre inspiration?
Je me suis beaucoup inspiré de la nature et de l’environnement. Bien sûr, le papier de toilette vient de la nature, des arbres, et c’est ce qui m’a donné l’idée. J’ai voulu reproduire des fleurs, des formes géométriques avec beaucoup de mouvement.
Quel était le principal défi?
C’est certain que travailler avec du papier, c’est complètement différent! J’ai même développé une nouvelle technique pour y arriver parce que ce n’est pas facile à coudre; ça se déchire et c’est extrêmement fragile. On continue d’apprendre tous les jours.
Si on vous donnait l’occasion de le faire, avec quels matériaux inusités aimeriez-vous travailler?
On m’a déjà proposé de faire quelque chose avec des pneus d’auto, mais j’ai dû refuser par manque de temps. J’aimerais un jour pouvoir créer des tenues haute couture avec du métal, des billes ou du bambou.
Patrice Soku
Quelle a été votre inspiration?
J’ai voulu créer quelque chose de très moderne, de futuriste. Avec ce genre de matériau, on est tenté de faire des choses avec des froufrous, mais moi j’avais envie d’utiliser des lignes très contemporaines et de donner l’impression que le papier est rigide en mettant beaucoup d’épaisseurs. Je voulais que le papier hygiénique ait l’air d’un tissu.
Quel était le principal défi?
C’était un gros défi! Pour créer quelque chose avec du papier, ça prend beaucoup d’imagination et de persévérance. Ça prend trois fois plus de temps que pour faire un vêtement ordinaire. Ce n’est pas comme du tissu : le papier n’est pas rigide, il est très fragile et déchire facilement. Il fallait aussi faire attention à ne pas le mouiller, sinon était la catastrophe!
Si on vous donnait l’occasion de le faire, avec quels matériaux inusités aimeriez-vous travailler?
Parce que je suis branché sur tout ce qui est contemporain, j’aimerais travailler avec du métal, une sorte de papier métallique malléable que je pourrais façonner pour créer une sorte
d’Å“uvre d’art.