Inoffensifs, les cellulaires?
Interphone, la plus grande étude jamais réalisée sur le lien possible entre l’utilisation du téléphone cellulaire et le cancer du cerveau, n’a pas réussi à en arriver à des conclusions irréfutables.
Lancée en 2000, elle réunissait des chercheurs provenant de 13 pays, dont le Dr Jack Siemiatycki, épidémiologiste au Centre de recherche du CHUM et professeur à l’Université de Montréal. Métro s’est entretenu avec lui.
Est-ce que l’étude Interphone est un échec?
C’est trop fort dire cela. On peut tirer certaines conclusions avec une confiance relative, ce qui n’est pas négligeable. Chez 90 % des utilisateurs de téléphone cellulaire, nous n’avons pas détecté le moindre risque de cancer. En soi, je trouve que c’est un résultat rassurant. Le débat se situe autour du 10 % restant. Là, il y a des données non concluantes et paradoxales.
Pourquoi les résultats de l’étude sont-ils ambigus?
Il y a deux genres de biais [possibilités d’erreur] méthodologiques. Dans notre étude, nous avons eu des taux de partici-pations de 50 à 70 %. Avec ces taux, la possibilité de biais est réelle. Une partie du problème est due aux contraintes imposées par les comités d’éthique des hôpitaux et des universités. Le deuxième biais réside dans le fait que les informations que nous utilisons proviennent des entrevues avec les sujets. On ne peut pas s’assurer que les gens rapportent avec une validité certaine leur histoire d’exposition au téléphone cellulaire.
Pouquoi est-ce si difficile de faire le lien entre le cancer du cerveau et l’utilisation du téléphone cellulaire?
D’une part, il y a des pro-blèmes méthodologiques qui sont grandissants. D’autre part, visiblement, s’il y a un effet du téléphone cellulaire sur le cancer, il est très faible. Or, c’est beaucoup plus difficile de prouver un effet faible que fort.