Le prix du crime
Cette semaine, je vous présente deux cas de personnes qui ont cédé à la peur après avoir été victimes d’un crime.
Louise
Louise n’est pas une buveuse. Un samedi soir, elle décide d’aller dans un bar avec des copines. Elle consomme habituellement un ou deux verres dans la soirée, trois lorsqu’elle se laisse vraiment aller. Ce qui s’est produit après son premier verre ce soir-là, elle ne le saura jamais. Tout ce qu’elle se rappelle à propos de ce samedi soir, c’est de s’être réveillée dans son lit, le lendemain matin.
Quelques jours plus tard, comme elle éprouve une sensation de brûlure aux organes génitaux, elle consulte son médecin de famille. Diagnostic : maladie transmise sexuellement. Étant donné qu’elle n’a eu aucun partenaire sexuel au cours des six mois précédents, Louise comprend pourquoi elle ne se rappelle rien de cette soirée : elle a probablement été victime d’une drogue du viol.
Son infection guérit facilement, mais il n’en va pas de même sur le plan psychologique. Elle décide de ne plus faire confiance à qui que ce soit et de ne plus avoir de relations d’aucune sorte. Près de deux ans se sont écoulés depuis ce soir-là, et Louise demeure dans un état d’isolement relatif.
Jean et Marie
Jean et Marie sont un couple d’immigrants âgés. Ils ont travaillé dur toute leur vie, sans jamais se payer de luxe. Mais ils ont enfin pu récolter les fruits de leur labeur: une fois à la retraite, ils se sont mis à voyager. En rentrant chez eux après un voyage en Italie, ils ont découvert qu’ils avaient été cambriolés. Deux cambriolages subséquents, probablement perpétrés par les mêmes malfaiteurs, désireux de mettre la main sur tous leurs nouveaux appareils électroniques, ont réglé leur sort.
Jean et Marie ont décidé de ne plus jamais voyager. Ils hésitent même à quitter la maison pour rendre visite à des amis. Comme Louise, ils vivent dorénavant dans un isolement relatif.
Une fois suffit
Quel est le prix d’un crime? Il faut calculer le coût du crime proprement dit et celui de notre réaction à ce crime. Nous ne sommes pas responsables des méfaits que les autres nous font subir. Malheureusement, nous devenons responsables de la façon dont nous y réagissons.
Louise, Jean et Marie ont décidé de se protéger contre le mal qui pouvait leur être fait. Ils se sont ainsi privés d’une vie normale. Le prix à payer est beaucoup plus élevé que celui du vol d’une télé.
La peur est une réaction normale à un acte criminel. En cédant à cette émotion, les victimes continuent à payer le prix de ce qui leur est arrivé. Il vaudrait mieux prendre le taureau par les cornes et refuser de payer tout coût additionnel : refuser de mettre sa vie en suspens et affronter ses peurs.
Il se peut que nous ayons à payer un prix élevé en tant que victimes d’un crime. Je crois cependant que nous devons faire notre possible pour empêcher le criminel de continuer à nous faire du mal une fois son méfait accompli. La perte de notre sentiment de sécurité et de notre liberté est un prix que nous devons refuser de payer.