La crainte du mauvais sort
L’autre jour, je confiais à une amie que je désirais m’acheter une voiture d’occasion. Elle a alors lancé : «Je voudrais te dire quelque chose, mais je vais m’en abstenir. Je ne veux pas attirer la malchance.» En l’amadouant un peu, j’ai réussi à lui faire cracher le morceau. Comme elle n’avait jamais subi d’ennuis mécaniques avec sa voiture, elle avait envie de me recommander le même modèle, mais elle craignait qu’après qu’elle m’aurait parlé de la fiabilité de son auto, celle-ci tombe en panne.
Et elle n’est certainement pas la seule à entretenir des telles croyances. Bien des gens ressentent une boule dans l’estomac lorsqu’ils disent aux autres à quel point ils sont heureux et que tout va bien. Comme si une petite voix intérieure leur disait «Tu ne perds rien pour attendre.» Cela les incite habituellement à toucher du bois.
La crainte du mauvais sort est une manifestation de l’instinct de survie naturel chez les humains. Des événements malheureux peuvent arriver, et il s’en produit effectivement. Sentir que nous avons la maîtrise des événements nous aide à gérer l’anxiété créée par cette réalité, même si cette maîtrise est illusoire. Dans nos efforts pour éviter les calamités, nos émotions nous amènent souvent à faire des choses insensées, telles que toucher du bois, lancer du sel ou éviter de prononcer certains mots.
C’est là que les parties rationnelles les plus développées de notre cerveau peuvent nous aider.
Quel est le lien?
Si un énoncé comme «je n’ai jamais eu d’ennui avec ma voiture» causait réellement des pannes, cela impliquerait un lien entre l’énoncé et la fiabilité de la voiture. Comme si une puissance supérieure, par exemple, entendait l’énoncé et bousillait délibérément le véhicule. J’ignore vos croyances, mais je doute sincèrement qu’un être doté de ce pouvoir se préoccuperait de la transmission ou des freins d’une Mazda.
La partie rationnelle de notre cerveau sait qu’il n’existe pas de lien entre nos énoncés et nos gestes superstitieux, et le cours des événements. Ceux qui écoutent la voix de la raison apprennent à accepter leur sort. Ceux qui écoutent leurs émotions tenteront plusieurs choses pour éviter leur sort, mais en fin de compte, c’est le destin qui a le dernier mot. Et je ne jette pas de mauvais sort en disant cela.