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Quand la tragédie frappe

Romina McGuinness - Metro World News

Qu’avez-vous ressenti lors du 10e anniversaire du 11 septembre? Étiez-vous accablé? Avez-vous tenté d’en faire fi? Trouvez-vous que la commémoration de ce jour a eu un effet catharti­que?

Qu’éprouvez-vous au­jourd’hui, quelques semaines plus tard? Comprendre ses émotions peut aider à mieux saisir ce phénonème ambigu qu’est le deuil. 

Traditionnellement, les médecins pensaient que nous vivions tous le «cycle du deuil», un modèle classique créé par la psychiatre Eli­sabeth Kübler-Ross pendant les années 1960.

Cette dernière a défini les cinq étapes du deuil : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. De fait, nous traversons tous une ou plusieurs de ces étapes, mais à notre rythme, et pas nécessairement dans cet ordre.

Ce cycle se complique quand surviennent des ca­tastrophes terribles. Il est plus facile pour ceux qui ne subissent aucun traumatisme direct de reprendre le cours de leur vie, tandis que le chemin de la guérison est long pour ceux qui sont directement affectés (physiquement ou émotionnellement).

Les tragédies soudaines, comme le tsunami au Japon ou la tuerie en Norvège, prennent les victimes par surprise, compliquant ainsi le processus de deuil.

«On ne se remet jamais de la perte d’un être aimé, soutient Heidi Horsley, spécialiste du deuil. On apprend seulement à vivre sa vie différemment.» Parler de sa douleur avec d’autres personnes qui ont vécu une expérience similaire aide à prendre cons­cience qu’il est légitime de se sentir triste, en colère ou désemparé. Au départ, le déni est inévitable.

Il peut même durer longtemps. Mme Horsley explique qu’après le 11 septembre, beaucoup de proches des victimes espéraient que leurs êtres chers erraient dans la ville, atteints d’amnésie, jusqu’à ce qu’ils voient leur dépouille.

George Bonnano, professeur de psychologie clinique à l’Université Columbia, à New York, affirme que la résilience est la réaction la plus courante à une tragédie extrême. Plusieurs person­nes fonctionnent relativement normalement un mois après une tragédie.

«La détresse est la façon dont nous réagissons à un événement tragique, comme la fièvre est la façon dont nous réagissons à une infection, précise-t-il. La détresse est une fièvre psychologique et indique que nous sommes en processus d’adaptation.»

«Le deuil vient par va­gues, explique pour sa part Heidi Horsley. Au début, on s’accroche au souvenir de l’être cher et à la douleur plus longtemps  qu’on le devrait, car on craint d’oublier si on lâche prise. Le temps passe, et la vie continue. Nous vivons dans une société qui a la phobie du deuil, où il y a peu de tolérance à l’égard des gens qui restent longtemps plongés dans le deuil.» Elle poursuit?: «La vie est un état temporaire. Vivez chaque jour comme si c’était le dernier.»

«J’ai survécu à la fusillade en Norvège»
Le 22 juillet, Adrian Pracon a reçu un projectile tiré à bout portant par Anders Behring Breivik, extrémiste de droite, sur l’île norvégienne d’Utoya. Il a survécu en faisant le mort parmi les cadavres. Voici comment il se remet de son traumatisme, deux mois plus tard.

«Il est très difficile de faire face à ce qui s’est produit, affirme-t-il. J’ai passé la première semaine à l’hôpital, rongé par la culpabilité. Il a eu l’occasion de m’achever à plusieurs reprises, mais il ne l’a pas fait. Pourquoi m’a-t-il épargné? J’ai ensuite réalisé que lui seul était responsable de ça et que je ne pouvais pas m’en vouloir.»

«Le lendemain de ma sor­tie de l’hôpital, je suis re­tourné travailler. Au lieu de consulter un psychologue, je participe à des rencontres heb­domadaires avec un prête-plume. Grâce à l’écriture, je peux autoanalyser l’attaque. Je ne ressens pas de colère, mais de la détresse.»

«Ma vie est presque revenue à la normale, sauf lorsque j’entre dans une pièce. J’examine les lieux pour trouver une sortie. Je « fonctionne » grâ­ce à ma famille, mes amis, mes collègues et mon chien. Le promener m’aide à maintenir un équilibre. Je vois les autres survivants presque tous les jours. Nous nous comprenons.»

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