À protéger de ceux qui veulent le protéger ?
Alors que l’histoire de la sauvegarde du Boisé de Saraguay, a su franchir, au cours des derniers 35 ans, tant de chapitres marquants où finalement des citoyens engagés réussissent à voir conservés et protégés les quelques 97 hectares de cette magnifique forêt ancestrale, on aurait pu penser que celle-ci connaîtrait enfin un peu de repos par la suite. Or, il n’en est rien, la menace de voir transformée ou réduite sa superficie est constante mais présentement pour son plus grand malheur, c’est dans son plan de mise-en-valeur par la Direction des grands parcs et du verdissement, qu’elle en est le plus significativement affectée.
Rappelons-nous effectivement qu’à la fin des années 1970, le Boisé de Saraguay, par le biais d’une lutte acharnée de style David contre Goliath menée en bonne partie par la Société d’horticulture et d’écologie du Nord de Montréal, a pu être sauvé in extremis des pelles mécaniques, déjà sur son terrain, prêtes à l’anéantir et avec l’accord des autorités municipales de l’époque au nom du développement domiciliaire urbain grandissant (et lucratif) dans ce secteur.
Par la suite, en 1981, le gouvernement lui a conféré le statut officiel d’arrondissement naturel. Cette situation à elle seule, malheureusement on le sait, n’est jamais arrivée à assurer sur le terrain toute la protection que nécessite la biodiversité exceptionnelle de cette forêt.
Encore il y a quelques années, la demande de changement de zonage faite par le propriétaire d’une maison ancienne construite justement dans une portion « zonée parc » avait soulevé bien des débats. L’arrondissement, au début, favorable à cette demande a dû par la suite faire marche arrière et voir, suite à la pression de certains citoyens, à faire respecter le droit du bien commun. Telle d’ailleurs ne devrait pas toujours être la prérogative de ce territoire qu’on dit protégé?
Alors pourquoi encore, en 2013, alors que notre société comprend et se sent de plus en plus concernée par les enjeux environnementaux de cette importance, les citoyens, représentés par les membres du Comité consultatif mis en place par la Ville, devraient-ils accepter présentement le plan proposé de mise-en-valeur du Parc-nature du Bois-de-Saraguay qui fait non seulement fi de beaucoup de leurs demandes mais qui, de manière inacceptable, vient amputer au boisé une partie de sa superficie déjà précaire?
Que veut la Ville? Remplacer une section de la forêt par des champs agricoles? Également, en plus des 2 sentiers existants qui seront aménagés, les concepteurs comptent en développer un troisième, toujours dans le même axe, tout ça pour faire passer un tronçon multifonctionnel à travers le parc. Et quoi d’autre encore qu’il nous faut redouter? La signification du mot « protection » peut-elle être si différente dans l’esprit d’une personne ou d’une autre? Comment expliquer que de tels projets puissent être présentés par ceux-là mêmes qui ont justement le mandat de la protection de cet arrondissement naturel? Quels sont réellement leurs buts?
« Entendez-vous les vents, les pluies, les neiges et les forêts », comme exprimait si bien la poésie de Claude Léveillé? S’il-vous-plaît, la nature elle-même nous l’impose, restons humbles, cessons de dénaturer et concevoir de tels aménagements pour un espace comme le Bois de Saraguay. Cette magnifique forêt si inspirante, cette « cathédrale naturelle », comme parfois on la nomme, c’est un immense privilège que de pouvoir la fréquenter. Aussi, pour perpétuer ce contact particulier avec la nature et réussir à le léguer aux générations futures, voyons donc tous ensemble à respecter et protéger ce boisé qui nous est si cher!
Lundi, le 13 mai, à la demande des membres du Comité consultatif, une rencontre avait lieu avec les responsables de la ville. Mme Josée Duplessis, conseillère et représentante du comité exécutif dans ce dossier, a bien pris note des revendications du comité. Les membres du comité actuel s’en réjouissent et pourront donc poursuivre leurs engagements à l’intérieur de cette nouvelle structure.
*Judith Duhamel est membre du Comité consultatif mis en place en mai 2010 par la Ville de Montréal. Elle y participe à titre de citoyenne et également en tant que membre de la Société d’horticulture et d’Écologie du Nord de Montréal.