Serge Bouchard ou le mammouth laineux
Dans les ving-cinq essais que compose ce récent recueil, l’anthropologue raconte, sous sa plume à la fois aiguisée et fuyante, des souvenirs empreints d’une nostalgie douce et assumée. Publiés entre 2004 et 2011 en grande partie dans la revue littéraire L’Inconvénient de l’Université McGill – l’ouvrage comprenant aussi quelques raretés ainsi que des inédits – on découvre dans ces textes un autre côté de Serge Bouchard l’animateur ou le savant.
En nuances autant qu’en souvenirs, l’auteur confie ses réflexions sur la nostalgie, l’amour, la mort et le passage du temps, le tout sur fond de longues routes boisées comme celles qu’a sillonnées ce mammouth orgueilleux. « Il faut dire que je ne me suis pas aperçu de ce que j’écrivais, d’ailleurs j’écris toujours mes livres sans avoir d’intention. Mais pour le mammouth laineux, c’est le fruit d’une collaboration: la revue L’Inconvénient n’a que 300 abonnés, à la limite c’est une société secrète. J’y écrivais pour la littérature, mais aussi parce que j’aime écrire et pour garder la main, à la manière d’un pianiste et c’est François Ricard de chez Boréal qui m’a suggéré de les réunir en un livre.
Un mammouth laineux: une race lourde et lente éteinte depuis longtemps
Le commentaire global du mammouth laineux est certainement que son auteur, lui aussi de race lourde et lente, éteinte depuis longtemps, « ne fait pas partie du monde actuel », sentiment personnel, mais également professionnel en regard des nouvelles orientations de la radio, médium qu’il aime pourtant: « à cause de la voix, à cause de l’ouïe, à cause de la magie du média. Voilà la grotte préhistorique de la tradition orale, point zéro de la philosophie, de la poésie », explique-t-il d’ailleurs dans un des essais.
« À la radio, je suis le dernier des dinosaures, je fais des longues entrevues alors que plus personne ne fait ça. Éventuellement ils me mettront dehors en me disant: tu es trop vieux, tu es trop plate. Maintenant tout est encapsulé, mais lorsque je me mets à parler d’un sujet que je connais, ça prend du temps, il faut que tu t’assoies et que tu m’écoutes », commente M. Bouchard qui se considère comme un « vieux maudit traditionnel. »
Un recueil qui parle de nostalgie donc, mais une nostalgie sans l’amertume, sans regret, mais certainement une nostalgie obstinée! « la société moderne a décrié la nostalgie comme elle l’a fait avec la morale clamant qu’il fallait être tourné vers l’avenir et la jeunesse, ce qui est bien, j’ai énormément de respect pour l’avenir et la jeunesse, mais je veux conserver mes acquis de vieux et je veux qu’on nous écoute! Un vieux ce n’est pas un jeune » affirme M. Bouchard invoquant son éducation de batailleur de l’est de Montréal pour expliquer son orgueil.
« Si j’avais 40 ans, je parlerais des gens qui ont 40 ans, mais là j’en ai 65 et je veux qu’on respecte les personnes de 65 ans! Je suis de mauvaise foi finalement », dit-il en s’esclaffant.
À partir de 13 h 30, à la salle de l’église Saint-Jude (10 120, d’Auteuil, métro Sauvé). Gratuit pour les membres de l’Alliance culturelle, 8$ pour les non-membres.