Des projets immobiliers comme celui proposé par le promoteur Musto, inquiètent les citoyens. En tant que député de l'Acadie, comment envisageriez-vous les enjeux de densification et de gentrification de l'arrondissement?
Marianne Breton Fontaine, Québec solidaire
Le cas du projet des tours Musto est à la fois unique et classique: unique car il a suscité une grande mobilisation grâce au Comité des citoyens pour le développement équilibré d’Ahuntsic-Ouest qui s’oppose au projet dans sa forme actuelle, et classique car encore une fois, cette expérience prouve le besoin de planifier le développement urbain aux cotés des citoyens et citoyennes et des communautés affectées par ces développements. Quand on laisse cette planification aux simples intérêts des promoteurs privés, seule la profitabilité des projets est réellement prise en compte alors que les besoins de la population sont laissés de côté. Construction de logement sociaux, protection de l’environnement et création d’espaces habitables sains et conviviaux, sauvegarde du patrimoine bâti, éviter les enclaves et intégrer les quartiers au réseau de transport collectif sont parmi les préoccupations très souvent soulevées.
Montréal a fait des pas dans la bonne direction avec son Plan métropolitain d’aménagement et de développement qui a réussi à mobiliser beaucoup de monde. Mais l’intégration citoyenne dans la planification urbaine doit devenir une habitude et Québec solidaire s’engage dans cette direction. Québec solidaire redonnera aussi à Transports Québec son expertise et sa vocation, à savoir servir la population, développera un vaste plan de transport collectif à l’échelle du Québec, réalisera la construction écologique de 50 000 nouveaux logements sociaux et adoptera une politique permettant de contrer la spéculation immobilière et foncière qui a pour effet de faire gonfler artificiellement les prix des terrains, des maisons et des loyers.
Rachid Bandou, Parti québécois
Au delà de la légalité, il faut respecter les citoyens et leur environnement.
J’ai rencontré le comité de citoyens qui dénonce le projet Musto et j’appuie leur combat.
Le peu d’implication de la députée sortante dans ce dossier, pourtant crucial pour Ahuntsic, notamment en raison du risque qu’il laisse planer sur la sécurité publique, soulève des doutes sur sa responsabilité, sur celle de la Société immobilière du Québec (SIQ), du ministère de la Sécurité publique et de la direction des Services correctionnels.
Pourquoi la SIQ s’est-elle départie des terrains à proximité de la prison Tanguay alors qu’à Trois-Rivières elle en a acheté pour mieux assurer la sécurité d’un centre de détention?
Ces immeubles de 12 étages, avec vue sur la prison, rendent vulnérables tant les agents correctionnels que les détenus. Cette situation a d’ailleurs été dénoncée par le président du syndicat des agents de la paix en service correctionnel du Québec.
Ces éléments suffisent pour remettre ce projet en cause.
Encore un cas classique, un promoteur achète des terrains en pleine connaissance des limites de construction, demande un changement de zonage, que des élus tentent de justifier par les nouvelles taxes. Et il revient aux citoyens limitrophes de se débattre pour conserver leur environnement tant visuel que social.
S’ajoute, dans ce projet, une procédure méprisante de la démocratie.
Ce projet monstre doit être ramené à des dimensions compatibles avec l’environnement ahuntsicois. Les profits du promoteur passent en second. Il revient maintenant aux élus municipaux de prendre leurs responsabilités.
Abel-Claude Arslanian, Coalition Avenir Québec
S’il y a un dossier qui a polarisé une partie de la population du secteur Ahuntsic dans la circonscription de l’Acadie au cours des derniers mois, c’est bien le projet connu sous le nom de Musto, en référence à son promoteur. Un bon nombre de citoyens ont manifesté leur opposition face à ce projet, mais cela ne veut pas pour autant signifier que tous les projets de densification de la population doivent être rejetés du revers de la main.
Il est certain que dans un quartier comme Ahuntsic, ce projet n’a pas nécessairement de vertu de gentrification dans des secteurs plus défavorisés. La gentrification, étant un processus modifiant le profil d’un site au profit d’une couche sociale supérieure, s’appliquerait plutôt difficilement ici. Mais la densification est un moyen par lequel une municipalité peut espérer accroître ses revenus de taxes foncières. Ainsi, la Ville peut continuer à offrir les mêmes services, voir même améliorer son offre, sans pour autant augmenter le fardeau fiscal de ses citoyens actuels.
Je suis d’avis que le projet Musto doit être revu afin d’obtenir le plus large consensus possible au sein de la population. Mais il ne faut pas condamner tous les projets du genre TOD (Transport Oriented Development). Ceux-ci mettent l’accent sur l’accès au transport en commun tout en réduisant la congestion routière et les émanations de gaz à effet de serre.
Christine St-Pierre, Parti libéral du Québec
Je m’investis depuis plusieurs années pour la revitalisation du quartier Chabanel. C’est pour moi un secteur prioritaire.
Ce secteur au passé effervescent, en grande partie dû à l’industrie du vêtement, connaît depuis quelques années, un vent nouveau, grâce à l’apport d’énergie de jeunes créateurs qui élisent domicile dans le quartier et y campent leurs ateliers. Mon équipe libérale et moi-même avons participé, notamment, au démarrage de deux entreprises de la relève: L’Association pour le métissage artistique et culturel (Ametac) et Diffusion Aire libre, lesquelles connaissent aujourd’hui un franc succès.
Depuis le 9 juillet 2009, l’Ametac vise à promouvoir et à faciliter les manifestations artistiques et culturelles. Elle a pignon sur rue au 9150, rue Meilleur, dit l’épicentre artistique de Chabanel. On retrouve également dans le quartier Diffusion Aire libre, ouverte depuis un peu plus de trois ans ainsi que la jeune Galerie 3C.
Beaucoup de rénovations en matière d’infrastructures et d’investissements ont été faits dans l’arrondissement, par la Ville de Montréal et par un bon nombre de promoteurs immobiliers afin d’accueillir une nouvelle clientèle qui remplacerait les manufactures.
Avec l’aide de plusieurs partenaires des secteurs privés et publics, le quartier Chabanel peut se renouveler. Il y a beaucoup d’espace, et ce, à bon prix. Tout est fait pour diversifier le milieu de vie et le rendre attirant pour les nouvelles générations. Le potentiel est énorme. Je ne cesse de travailler en ce sens.