Centre d’hébergement Louvain: une offre d’achat restée lettre morte
Alors que les 71 appartements du centre d’hébergement Louvain sont sur la sellette, l’organisme Bâtir son quartier affirme qu’une offre d’achat déposée au printemps dernier est morte au feuilleton après la réorganisation des structures de santé du Québec.
Le Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) Louvain est composé de trois pavillons, un CHSLD et deux bâtiments de logements locatifs destinés à des personnes âgées autonomes. L’ensemble appartient à l’administration locale du ministère de la Santé.
La direction actuelle estime qu’il est «aberrant» qu’un établissement de santé soit propriétaire et gestionnaire de 71 logements qui n’ont pas de mission médicale.
C’est pourquoi Bâtir son quartier, organisme qui coordonne la réalisation de projets immobiliers communautaires, avait déposé une offre d’achat au mois de mars 2015 auprès du défunt Centre de santé et de services sociaux (CSSS). Il voulait en faire des logements sociaux afin d’assurer leur pérennité.
«Le CSSS était très favorable à notre proposition, assure Erwan Poënces, agent de développement à Bâtir son quartier. En tant qu’établissement de santé, il mettait en avant le fait qu’il n’avait pas la vocation de gérer des logements.»
Or, selon M. Poënces, la proposition est restée lettre morte lorsque le CSSS a été regroupé au sein du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Nord-de-l’Île, la nouvelle structure de santé qui a fusionné plusieurs CSSS au mois d’avril de cette année.
«Avec la restructuration, l’offre n’a plus été d’actualité», regrette M. Poënces.
Des logements dans un hôpital
Pourtant, la question de la pertinence de gérer des immeubles à logements se pose encore au CIUSSS. Dans une entrevue accordée récemment à TC Media, la direction du CIUSSS avait affirmé qu’il est exceptionnel qu’un établissement du réseau de la santé et des services sociaux gère des logements.
«Le CIUSSS est à regarder différentes options pour voir quelle serait la meilleure utilisation de ces espaces pour desservir la population du territoire d’Ahuntsic», avait alors expliqué Louise Mercier, adjointe au président-directeur général par intérim du CIUSSS.
Le 10 décembre, une rencontre organisée par le CIUSSS, a réuni les locataires pour leur exposer la situation. Certains d’entre eux craignent d’être évincés de leur domicile, une crainte alimentée entre autres par le fait que les logements qui ont été vidés après des décès ou des déménagements ne sont plus reloués.
«On ne nous a rien dit», maugrée Gilles Brault, un résident qui était présent à la rencontre.
Selon lui, la proposition de Bâtir son quartier a été évoquée durant la réunion par l’un de ses voisins. «On lui a répondu qu’on continue à considérer cette possibilité», raconte M. Brault. Ce dernier soutient avoir demandé, avec quatre de ses voisins, à rencontrer le PDG du CIUSSS, au mois de juillet, pour se renseigner sur l’offre de Bâtir son quartier. «Ils ne m’ont jamais répondu», déplore-t-il.
Préserver la vocation
Les organismes communautaires craignent de voir ces logements changer de vocation. Le Comité logement Ahuntsic-Cartierville (CLAC) plaide pour qu’on assure la pérennité des 71 logements. Composés de 1 ½ et de 2 ½, leurs loyers, situés entre 400 et 600$, sont en dessous de la moyenne du marché.
«Nous voulons surtout éviter une baisse de l’offre de logements sociaux dans le quartier et maintenir ces habitations», fait valoir Karina Montambeault, organisatrice communautaire au CLAC.
Elle a réuni récemment des résidents de ces logements pour les mobiliser et faire valoir leurs droits chez les élus, notamment auprès de Marie Montpetit, députée provinciale de Crémazie.
Pour M. Poënce, la proposition de Bâtir son quartier peut être déposée à nouveau. «Nous sommes prêts à remettre notre offre à jour. La situation de ces logements est pour nous source de beaucoup d’inquiétude.»
Interrogés pour savoir s’ils comptaient prendre en considération l’offre de Bâtir son quartier, les responsables du CIUSSS n’ont pas encore répondu aux questions de TC Media.