Et la réalité ?
Si l’on se fie à ce que rapportent les grands médias, on a l’impression que le monde entier est au bord de la catastrophe. Les gouvernements sont surendettés, les riches exploitent les pauvres, les glaciers fondent, la nature agonise…
On pourrait croire que dans un milieu privilégié comme celui de L’Île-des-Soeurs, on verrait les choses différemment. Après tout, ceux-là mêmes que la grogne populaire accable vivent souvent dans ce quartier. Le revenu moyen y est l’un des plus élevés au Québec et le niveau d’éducation dépasse largement la moyenne de la région métropolitaine.
Et pourtant, j’ai l’impression que plusieurs résidents de ce quartier sont déconnectés de la réalité. Il ne se passe pas une semaine, sans qu’on lise, dans les pages mêmes de ce journal, des commentaires qui présentent un portrait entièrement faux du lieu où habitent leurs auteurs. Ainsi, on soutient que tous les espaces verts de l’île ont été sacrifiés par les élus municipaux au profit des promoteurs, alors que c’est exactement le contraire qui s’est produit. On a la mémoire courte, à L’Île-des-Soeurs ; on oublie que l’île entière appartenait, au début de son développement immobilier, à des investisseurs qui avaient obtenu des droits sur la totalité de son territoire. Les maires, les conseillers sont parvenus, au fil des ans, à acquérir à des fins publiques de vastes portions du territoire de l’île. Ils en ont fait l’un des quartiers les plus enviables, sur le plan environnemental, de toute la région montréalaise. Dans les années 60, tous les terrains au bord du fleuve, autour de l’île des Sœurs, appartenaient à des propriétaires privés. Aujourd’hui, des pistes cyclables et piétonnières l’encerclent presque totalement. Il ne reste plus que quelques petites sections de l’île où les occupants des immeubles jouissent d’un accès exclusif au fleuve.
Comme il faut bien trouver quelque chose à dénoncer, certains observateurs se tournent vers le futur. On continue de construire de nouvelles tours, de nouvelles habitations luxueuses et cela démontrerait, selon certains, la grande imprévoyance de nos urbanistes et dirigeants municipaux. Ces mêmes observateurs ignorent, semble-t-il, que le développement de L’Île-des-Soeurs est défini par un plan d’urbanisme qui a été approuvé par les citoyens et qui est rigoureusement appliqué. Il s’en construira de nouveaux immeubles, c’est bien vrai, mais leur nombre, leurs sites, sont déjà définis.
La population totale de l’île devait atteindre 45 000 habitants, lorsque les premiers résidents sont venus s’y installer; on a aujourd’hui limité leur nombre à moins de 25 000. C’est aussi ça, la réalité.