Entre deux maux…
Dans les premières pages de cette édition, Le Magazine fait état d’un nouveau projet dans le dossier des places-élèves à L’Île-des-Soeurs. Le député Henri-François Gautrin lève le voile sur des discussions qui portent sur un agrandissement de l’école actuelle qui pourrait ainsi accueillir quelques centaines d’élèves de plus.
En ajoutant douze classes de niveau primaire et deux classes de maternelle aux locaux actuels, on pourrait répondre aux besoins en places-élèves, pendant quelques années. Cela permettrait d’éviter le transport d’élèves hors de l’île, à la fin de l’été 2013.
J’espère que cette idée pourra faire son chemin, mais je n’en suis pas convaincu. Pour réaliser ce projet, il faudrait s’écarter des sentiers battus et l’on constate que c’est une démarche bien difficile, dans cette société sclérosée par sa bureaucratie. Ce qui est rassurant, cependant, c’est que cette option semble appuyée par le député, car c’est son gouvernement qui a le pouvoir (sinon la volonté) de s’écarter des pratiques habituelles.
Il faut dire aussi que le projet n’est pas nouveau. À ma connaissance, on parle depuis au moins trois ans de la nécessité d’un nouvel agrandissement à l’école actuelle. Dès les premières discussions, on a exprimé des craintes sur la concentration d’un grand nombre d’enfants en jeune âge, en un même endroit. Ces réserves prévalent toujours, aujourd’hui, et c’est l’une des raisons pour lesquelles le site Elgar avait été écarté par la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB) pour la construction d’une nouvelle école.
J’ose croire, toutefois, que si la CSMB s’intéresse à cette option, elle en a analysé les considérations sécuritaires. Il faut d’ailleurs reconnaître qu’une école 2-12 (deux maternelles et douze classes de niveau primaire) a moins d’impact qu’une école 3-18. On doit aussi retenir que le projet évoqué par le député Gautrin profiterait des facilités actuelles (et récentes) de l’école.
Il reste que cette nouvelle option nécessitera que l’on ose passer outre aux règles habituelles pour qu’elle puisse se réaliser. Si j’ai bien compris, on envisagerait de jumeler l’école au Centre de la Petite Enfance (CPE), en agrandissant et modernisant ces deux édifices, dont l’un appartient au public et l’autre au secteur privé. De tels aménagements ne se voient pas tous les jours, dans les officines de notre belle grande bureaucratie provinciale!
Si important soit-il, ce n’est malheureusement pas le seul obstacle à cette option. Sauf erreur, le nouvel agrandissement de l’école occuperait une partie du terrain où est installé le CPE. Comme les commissions scolaires tiennent à ce que leurs édifices soient construits sur des terrains qui leur appartiennent, il faudrait prendre entente avec le propriétaire du terrain. Cela signifie donc une compensation monétaire et l’on revient ainsi à la case départ: le ministère exige que les terrains soient cédés par les villes. Et Montréal ne veut plus acheter de terrain pour le céder au ministère…
Ce projet est confronté à plusieurs obstacles, mais j’estime qu’il mérite quand même que l’on essaie d’y donner suite. Parmi les stratèges du ministère de l’Éducation, de la commission scolaire et de l’arrondissement, il y a sûrement des êtres suffisamment créatifs et audacieux pour trouver des façons de contourner ces écueils.
Je pense que la solution évoquée par le député Gautrin est la seule qui permettrait d’éviter le transport des élèves à l’extérieur de l’île. Le parc de la Fontaine serait sans doute le meilleur emplacement pour une nouvelle école, mais il ne peut être utilisé sans l’intervention du gouvernement.
À court terme, il n’y a donc que deux choix pour accommoder les élèves du primaire, à l’automne 2013: le transport scolaire ou un agrandissement de l’école actuelle.
Entre deux maux, il faut savoir choisir le moindre.