Le progrès, un bienfait ?
Je ne suis pas une spécialiste en environnement et je n’ai jamais fait d’études scientifiques sur la question très controversée des «compteurs numériques». Cependant, j’aimerais aborder la question d’un point de vue philosophique. Notre époque contemporaine doit faire face à de nouveaux problèmes. C’est pourquoi de nombreux citoyens tirent la sonnette d’alarme parce qu’ils sont inquiets de la mauvaise voie d’Hydro-Québec qui va à l’encontre de ce que notre planète peut supporter.
C’est inquiétant de constater l’accumulation et l’augmentation des champs électromagnétiques (CEM) dans notre environnement. Il est heureux qu’Hydro-Québec doive faire face à des militants qui se préoccupent de notre planète et de la santé de nos concitoyens. C’est très sain que dans une démocratie nous ayons la chance et même l’obligation de prendre la parole publiquement lorsque nous ne sommes pas d’accord avec les politiques gouvernementales.
L’an passé, le courageux Dominique Champagne, pamphlétaire, auteur et homme de théâtre, a aussi dénoncé l’exploitation éhonté des gaz de schisme.
Les philosophes écologiques ont même problématisé l’idée même du «progrès». À la base de ce concept, il y a l’idée que l’homme est «supérieur», qu’il est le maître de la nature. Cette pensée est extrêmement dangereuse pour la survie de notre planète. Beaucoup de philosophes ont étudié les peuplades dites «primitives» comme les Indiens. Dans les croyances amérindiennes, on considère la vie comme un grand cercle dans lequel les individus et la nature sont liés dans une relation d’interdépendance. Ils croient ainsi que perturber la nature peut briser l’harmonie du cercle et des êtres qui le composent. On peut constater que dans la culture autochtone, il y a des liens très étroits entre la nature et toutes les formes de vie rattachées à la Terre-Mère.
La question qu’il faut aussi se poser, c’est pourquoi Hydro-Québec veut-il implanter ces fameux compteurs intelligents ? Quelle est leur réelle motivation ? Est-ce pour économiser ? Est-ce seulement une question d’argent ? Voilà pourquoi il faut se situer d’un point de vue philosophique: qu’est-ce qui est le plus important ? L’argent ou l’environnement ? Ce n’est pas uniquement pour une raison sanitaire que nous nous opposons à ces appareils, mais c’est aussi une question d’environnement.
J’ai parfois l’impression que les institutions publiques ne sont plus au service des citoyens comme ils devraient l’être normalement dans une saine démocratie. Les citoyens sont devenus des jouets entre les mains des institutions. Ces dernières n’existent plus pour répondre aux besoins de la population, mais paradoxalement c’est la population qui doit s’adapter aux institutions. Les rôles sont maintenant inversés.
Le titre de l’article d’André Faivre dans le Messager intitulé «Hydro-Québec, c’est le «Big Brother des Québécois» est caricatural bien sûr, mais vrai ! Cette société toute puissante veut renflouer ses coffres au détriment de notre belle planète. C’est René Lévesque qui se retournerait dans sa tombe, lui qui avait tant à cœur son projet de nationalisation de l’électricité en 1962. C’était l’époque du «Maître chez nous»! Que dirait-il s’il voyait ce qu’est devenu cette société d’état devenue mercantile et si peu respectueuse de l’environnement ? Si peu à l’écoute de ses citoyens ?
Pourquoi l’arrondissement de LaSalle ne propose-t-elle pas un moratoire comme Dorval ? Pourquoi n’aurions-nous pas le choix de le faire installer ou non comme en Colombie-Britannique sans avoir à payer une somme exorbitante pour garder nos anciens compteurs électromécaniques? Pourquoi ne pas proposer une période d’essai de deux à trois ans pour les municipalités qui acceptent ces fameux compteurs numériques ?
Sylvie Brossard