«Une longue dispute signifie que les deux parties ont tort» – Voltaire
Je croyais en avoir fini avec ce sujet, mais me voilà encore en train d’en débattre. L’annonce de la suspension de la session dans les cégeps et les universités par le premier ministre Charest après 14 semaines de grève, selon les modalités d’une loi spéciale, a donné lieu à ce qui était à prévoir et qui est désormais devenue une routine pour tous : des manifestations.
Il s’agit donc de «rétablir la paix sociale souhaitée par la population du Québec», a annoncé un Jean Charest catégorique, pendant que le porte-parole de la FECQ, Léo Bureau-Blouin, annonçait que toute violence que la loi spéciale engendrerait serait la responsabilité du premier ministre.
Après trois mois de grève, ce que je trouve fascinant dans cette histoire est cette forme de gestion à la bonne franquette, prouvant jusqu’à quel point le philosophe américain William James avait raison lorsqu’il disait que «beaucoup de gens croient penser alors qu’ils ne font que réarranger leurs préjugés.»
Le niveau d’hypocrisie, de pensée sélective et d’étroitesse d’esprit démontré au cours de ce conflit est à la fois divertissant et désolant.
Aucun compromis n’a pu être atteint entre les associations étudiantes (qui représentent une minorité d’étudiants) et le gouvernement libéral (élu par une minorité de citoyens – nos remerciements à tous ceux qui ne sont pas allés voter). Les deux parties s’accusent mutuellement de manquer d’ouverture d’esprit, tout en refusant l’une et l’autre toute concession.
Je ne suis ni en faveur du gel des droits de scolarité, ni en faveur d’une loi spéciale enfoncée dans la gorge des protestataires, au détriment d’un ingrédient vital dans toute démocratie : le dialogue.
L’introduction d’une loi spéciale ne réglera rien parce qu’elle n’apporte aucune véritable solution. Elle est de plus anti-démocratique, est excessive et ne fera qu’exacerber les tensions.
Je suis en faveur du droit des étudiants de protester, mais ne suis guère impressionnée par l’irresponsabilité qu’ils ont démontrée jusqu’à maintenant. Étudiants : si vous dénoncez la violence des forces de l’ordre ENVERS vous, il faudrait alors dénoncer la violence perpétrée PAR les étudiants. Et vous ne pouvez réclamer des droits tout en intimidant vos confrères qui veulent entrer en classe.
Les péquistes sont outrés du fait que tout un mouvement étudiant soit puni à cause de quelques pommes pourries, pendant qu’un gouvernement demeure en poste malgré quantité d’accusations de corruption le concernant. Et ils ont raison.
Par contre, je suis convaincue que si le PQ était au pouvoir, M. Charest porterait un carré rouge sur son veston en réclamant du gouvernement en place plus d’ouverture. Ne confondons pas les convictions politiques avec l’opportunisme politique. Les conditions gagnantes sont tout ce qui importe pour l’opposition.
Les deux parties ont leur mérite, mais ce que je ne partage cependant pas est l’accès inconditionnel à l’éducation gratuite. Je suis absolument convaincue que ceux qui le défendent ne savent pas de quoi ils parlent.
Pour avoir vécu dix ans en Grèce, je peux vous assurer qu’il faut faire bien attention à ce concept. L’éducation en Grèce est gratuite, mais les examens d’entrée sont tellement sévères à cause du manque de places, que la plupart des étudiants s’y préparent en payant pour des cours supplémentaires au privé, créant ainsi un système d’éducation parallèle.
D’autres effets pervers d’un système d’éducation ouvert à tous est qu’il finit aussi souvent par obliger les jeunes à étudier dans des domaines qu’ils n’avaient pas d’abord choisis, dans des lieux éloignés de leur résidence. Et qui paie alors pour les loyers, le transport et les coûts additionnels?…
Les coûts sont alors si élevés ou les matières si peu intéressantes pour les étudiants malchanceux, que ces derniers choisissent alors l’éducation privée ou l’exil dans des universités étrangères.
Plusieurs éléments ont été débattus depuis le début du conflit, mais celui-ci n’a même jamais été abordé.