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Interdire ou encadrer les salons de massage érotiques

En début de mandat, Denis Coderre avait fermement signalé sa volonté de non seulement freiner la prolifération des salons de massage érotique, mais de les éradiquer carrément. Il a donné à Anie Samson, mairesse de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension et responsable de la sécurité publique au comité exécutif, la mission de trouver le moyen de s’en débarrasser. Or, selon elle, éliminer ces « bordels contemporains » pourrait s’avérer impossible.

« Après avoir fait le tour des divers intervenants, de la police aux prostituées en passant par les tenanciers de salon, je me rends compte qu’il y a des avantages à les interdire, mais qu’il y a aussi des désavantages. Les policiers nous disent qu’actuellement, ils savent au moins où se trouvent ces femmes. Elles sont dans un milieu fermé, sécuritaire et peut-être plus hygiénique qu’une ruelle. Au-delà de nos positions personnelles, ce sont des humains. Ce n’est donc pas aussi facile qu’on le pensait au début », admet Mme Samson.

C’est un questionnement que partage également Projet Montréal.

« C’est nécessaire d’avoir une position nuancée quand on aborde un problème aussi complexe, affirme Alex Norris, conseiller municipal du district Jeanne-Mance et membre de l’administration Ferrandez. Il faut être conscient que des interdictions peuvent avoir l’effet de pousser les femmes qui se prostituent vers des situations de plus grande vulnérabilité. »

Aucune décision n’est prise pour le moment, mais s’il s’avère trop difficile de les interdire, la Ville-centre pourrait décider de les encadrer. Pour ce faire, elle pourrait créer un nouveau type de certification.

« Ce serait un permis qui dirait les vraies affaires et qui distinguerait les salons érotiques des vrais centres de massothérapie. Avant de le délivrer, la police pourrait enquêter pour s’assurer qu’il n’y a pas de traite de femmes et que le crime organisé n’y est pas affilié. Nous pourrions aussi obtenir les pièces d’identité des masseuses pour nous assurer qu’elles ne sont pas mineures », explique Mme Samson.

Ce scénario envisagé par l’administration Coderre, qualifiée de volte-face, ne plaît pas du tout aux intervenantes de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES).

« Nous voulons qu’ils agissent de façon cohérente en fonction de leur affirmation de départ. Les possibilités qui sont évoquées ne changent en rien l’existence des salons de massage érotique. Ce sont des commerces illégitimes dans une société égalitaire qui veut contrer la violence envers les femmes », déplore Diane Matte, organisatrice communautaire à la CLES.

Dans tous les cas, Ottawa pourrait bientôt venir jeter un pavé dans la mare. À la suite de la décision de la Cour suprême d’invalider trois articles de lois qui interdisent le proxénétisme, la sollicitation et la tenue d’une maison de débauche, le gouvernement fédéral travaille en ce moment sur un projet de loi qui décriminaliserait les prostituées, mais criminaliserait leurs clients. Tous les éventuels efforts de la Ville de Montréal d’encadrer les salons de massage érotique risqueraient alors de devenir caducs.

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