La Licorne et son cofondateur changent de décennie cette saison
Lorsqu’on le questionne sur son âge vénérable, M. Leduc semble à peine y croire.
« J’ai 70 ans, je ne pensais pas me rendre là! Je me souviens qu’à 16 ans, je me disais que 40 ans, c’était très vieux. Je suis heureusement en santé, mais c’est une autre grosse étape. Il en reste moins devant moi que dernière. Ç’a de bons côtés: je n’ai plus peur de dire non. Par contre, quand je m’engage dans un projet, je le fais jusqu’au bout », indique le directeur artistique, en semi-retraite.
Préparant tranquillement sa sortie, il passe les rênes à Denis Bernard.
« On fait le même genre de théâtre, alors on s’entend très bien. Il a toutefois fallu faire une transition, dans laquelle nous sommes encore. Moi, il faut que j’accepte le fait que je ne suis plus en charge et lui, que je suis encore dans le décor. Jusqu’ici, ça va très bien, je n’aurais pas pu rêver mieux. Quand je regarde le travail que ça demande, je suis souvent content de ne plus être responsable. J’ai une vie plus équilibrée maintenant. »
La Licorne d’hier à aujourd’hui
La Licorne, c’est son bébé et toute sa vie professionnelle. Cette aventure a débuté, alors qu’il était étudiant.Toute sa cohorte de l’école nationale de théâtre claquait la porte de l’institution. La raison de ce coup d’éclat: un conflit avec les directeurs du programme qui persistaient à vouloir leur faire jouer du Molière, alors qu’eux, en pleine vague nationaliste, n’aspiraient qu’à lire les mots d’auteurs bien de chez nous.
« On n’est jamais revenu. C’était à l’hiver 1969, il y avait quelque chose dans l’air! Plusieurs troupes créaient des théâtres.C’est un peu comme ça que La Manufacture-La Licorne est née », relate M. Leduc, soulignant au passage que ses camarades et lui n’ont jamais «officiellement» gradué de l’École nationale de théâtre.
Ce n’est qu’en 1975, cependant, que sera officiellement fondé le café-théâtre La Licorne sur le boulevard Saint-Laurent. Le tout est l’initiative d’un collectif d’acteurs qui désiraient faire du théâtre qui leur ressemble, principalement d’auteurs québécois.
« C’était la fête tous les soirs. On était jeune et ça fonctionnait très bien. D’ailleurs, nous remplissions la petite salle. Les tâches étaient alors plus informelles », raconte celui qui est aujourd’hui directeur artistique.
Après cinq ans, il ne reste que M. Leduc de la troupe originale. Il continue à l’époque de jouer sur scène.
Victime de son succès, le théâtre La Licorne devient trop petit et décide de déménager au 4559, avenue Papineau, en 1989, dans un ancien magasin de sport. C’est à ce moment que la vocation et l’organisation de l’institution deviennent claires.
« C’est devenu plus sérieux, plus articulé. On a décidé de faire des pièces contemporaines, surtout québécoises, mais aussi ouvertes sur le monde. On a conservé le caractère intime. Nos deux salles accueillent seulement 200 personnes; impossible de tricher », assure le cofondateur.
Le désir de création est toujours aussi vif. La Licorne accueille, depuis son déménagement sur Papineau, des auteurs en résidence.
L’Écosse à l’honneur
Cette année, La Manufacture accueille des auteurs écossais. L’association semblait toute naturelle pour Jean-Denis Leduc.
« Le Traverse Theatre , notre partenaire à Édimbourg, a sensiblement la même taille, deux salles et des artistes en résidence. L’Écosse est une petite nation similaire à la nôtre; c’est un endroit nordique avec de grands espaces, ce qui influence beaucoup les textes. Lors du début de cette programmation, les Écossais auront décidé de leur sort national, lors du référendum du 18 septembre », souligne l’homme qui va souvent au Festival d’Édimbourg, un énorme regroupement de festivals culturels estivaux.
Cette saison, un total de trois textes sont traduits et mis en scène et les auteurs seront présents pour échanger avec le public d’un bout à l’autre de l’Atlantique.