Vieillir sur le Plateau
-Quel est votre âge Madame Laprise?
-Julien! Quel est notre âge déjà?, s’exclama Lucille.
-86 ans!, répondit-il à sa femme.
C’est la première question que j’ai posé aux deux citoyens vétérans du Plateau Mont-Royal. Laissez-moi vous dire que ces deux là, ils en ont vu du changement dans le quartier en 90 ans. Lucille m’en a glissé quelques mots…
« Autrefois, le voisinage était synonyme de sympathie, convivialité et solidarité. Lorsque qu’il me manquait un peu de beurre pour ma pâte à tarte ou du lait pour mon café, j’allais demander à la voisine.
« Maintenant, j’ai de la misère à savoir si j’ai des voisins tellement ils rentrent rapidement chez eux. Je ne peux pas leur demander s’ils ont du beurre pour ma pâte à tarte, ils ne comprennent pas le français. Et puis, à quoi bon maintenant faire de la pâte à tarte, « President’s choice » vous en offre une à 2,99$ livrée chez vous en 15 minutes.
« Autrefois, on prenait le temps. On prenait le temps de se saluer dans la rue. Les cols bleus prenaient autant de temps qu’aujourd’hui à déneiger et à balayer la rue, mais tout se faisait à la main. Au moins, il y avait de la chaleur humaine jusque dans la rue puisqu’ils nous reconnaissaient et nous disaient le bonjour.
« Aujourd’hui, tout le monde porte des casques d’écoute et rares sont ceux qui me saluent dans la rue. Les cols bleus prennent tout autant de temps, mais avec des machines bruyantes qui nous klaxonnent lorsque l’on se retrouve sur leur chemin.
« Autrefois, il n’était pas question de mélanger garçons et filles dans la même école. Même à l’église, les filles étaient assises à droite et le seul fait de tourner la tête à gauche pour accrocher le regard d’un garçon entraînait une solide taloche derrière la tête.
« Aujourd’hui, un jeune garçon de dix ans s’asseoit à côté de la première petite fille qu’il voit. Il l’emmène dans la toilette à la récréation et teste avec elle ses dernières trouvailles sur Internet…
« Autrefois, l’affichage sur Mont-Royal était presque entièrement fait de néons. C’était beau, vivant et éclairé! (Demandez au propriétaire de l’Orange pressée – anciennement le Ti-Coq – de vous montrer des photos, j’ai été agréablement surpris). Aujourd’hui, l’avenue Mont-Royal, c’est noir. En plus, il n’y a plus assez de magasins de linge, il n’y a que des restaurants.
« Autrefois, il n’y avait presque personne qui mourrait d’une crise cardiaque, astheure c’est stressé tout le temps, c’est normal que ça meure du cœur. «
Aujourd’hui, j’aurais bien aimé vous en raconter plus, mais je devais arrêter l’entrevue ici, faute de temps!