Mercier & Anjou

MHM : l’«autoroute cyclable» qui divise un quartier

MHM : l’«autoroute cyclable» qui divise un quartier
Photo: Amélie Gamache / Métro MédiaSelon le maire Pierre Lessard-Blais, les gens de Tétreaultville devraient être fiers d’avoir dans leur quartier le tout premier axe REV de tout Montréal.

L’implantation du premier axe du Réseau Express Vélo (REV) sur l’avenue Souligny, un tronçon de 5,3 km entre la rue Dickson et l’avenue Hector, sème la controverse dans le quartier de Tétreaultville. Plusieurs résidents du secteur déplorent le retrait de plus de 250 places de stationnement le long de la friche ferroviaire, où sera aménagée « l’autoroute cyclable ».

Plus d’une centaine de résidents de l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve sont venus poser des questions et exprimer leurs frustrations lors d’une rencontre d’information tenue le 10 juin à la Maison de la culture Mercier.

Sur place, plusieurs citoyens ont expliqué au Flambeau que la forte présence de condos dans le secteur, dont le carré Soho, a pour effet de compliquer la recherche de places de stationnement libres.

« On a déjà une belle piste cyclable sur Bellerive, deux rues plus bas, indique Sabrina Guérin. Je ne comprends pas le nouveau réseau, ce n’est pas comme si c’était l’été à l’année longue ici. On va être brimés dans notre droit de se stationner comme on veut. »

Selon Richard Gagnon, chef de division des études techniques de l’arrondissement,  le REV sera pourtant aménagé là où il aura le moins d’impact sur le nombre de places disponibles pour les voitures.

« On a fait des évaluations le matin, le midi et en soirée, et on a trouvé que du côté sud de Souligny, le taux d’occupation dans le jour tourne autour de 28%, un peu plus le soir. Il y a autour de 260 cases de stationnement retirées, mais elles sont rarement toutes utilisées, bien que l’hiver, en chargement de neige, ça peut arriver. » – Richard Gagnon, chef de division des études techniques

Plusieurs s’inquiétaient également de la sécurité aux intersections, particulièrement celle d’Honoré-Beaugrand, ciblée lors de la récente étude sur la circulation dans le secteur. Pour y remédier, l’arrondissement y envisage un rétrécissement de la rue Souligny, et attend la confirmation de la ville-centre pour l’installation d’un feu de circulation, un ajout « judicieux, même nécessaire », dont le REV pourrait accélérer l’installation.

Le projet fait aussi des heureux
Bien que minoritaires lors de la rencontre, des citoyens se réjouissent de l’arrivée du REV.

« Ça va ralentir la circulation, ça va être plus sécuritaire, les maisons vont prendre de la valeur, affirme Sébastien Lapointe. C’est une rue résidentielle, Souligny; elle ne devrait pas être une voie de transit. »

La nouvelle piste sera beaucoup plus centrale que celle de la rue Notre-Dame, où les cyclistes doivent côtoyer les camions lourds, et moins dangereuse que la rue Sherbrooke, ont souligné d’autres.

Selon le maire d’arrondissement Pierre Lessard-Blais, la Ville de Montréal veut que d’ici 10 ans, 15% des transports quotidiens soient effectués à vélo. Une telle infrastructure est donc nécessaire pour modifier les habitudes de vie des citoyens.

« Je sais qu’il y a des frustrations, et je sais qu’elles vont perdurer, parce que nous ne reculerons pas sur le projet de REV sur Souligny. Mais s’il y des ajustements mineurs sur la sécurité, sur l’impact sur Dubuisson, c’est certain qu’on va agir. » – Pierre-Lessard Blais, maire de MHM

Plusieurs citoyens déplorent ne pas avoir été consultés, mais le maire Lessard-Blais assure s’appuyer sur de fortes consultations publiques, dont le plan local de déplacement, en 2016-2017, où plus de 1000 citoyens ont participé. L’équipe du REV a également tenu une séance dans Mercier en 2018.

Une infrastructure du XXIe siècle
Malgré la grogne, la Ville ne peut plus attendre, selon Suzanne Lareau, présidente-directrice générale de Vélo-Québec.

« La tendance dans les villes d’aujourd’hui, ce n’est pas de faire plus de place à la voiture, c’est de diminuer la place de la voiture pour laisser de la place aux transports collectifs. Il y a des gens qui vivent au siècle dernier », lance-t-elle.

Qualifiant elle aussi le projet du REV de « moderne », Danielle Pilette, professeure associée à l’UQAM, considère l’axe sur Souligny comme un « rattrapage du vélo fonctionnel ».

« Dans l’Est, actuellement, il y a de belles pistes cyclables pour le vélo récréatif, note-t-elle. Mais pour ce qui est du vélo pour se rendre au travail, c’est plus compliqué. Le projet s’inscrit dans cette mouvance-là, pour le vélo fonctionnel, en se connectant notamment à une station de métro. »

Les impacts se feront sentir sur le stationnement, concède l’experte en urbanisme, mais l’avenir n’est pas dans le stationnement sur rue, dont le manque est moins criant dans l’Est qu’ailleurs sur l’île. Des alternatives existent, précise-t-elle, dont la construction de stationnements collectifs. Elle ajoute que la Ville a tous les outils nécessaires pour exiger que les promoteurs paient une partie de la note lors de nouvelles constructions, comme c’est déjà le cas pour les terrains de jeux.

Le dossier pourrait continuer de susciter la grogne. Plusieurs citoyens ont manifesté l’intention de se rendre au prochain conseil d’arrondissement pour tenter de faire fléchir l’administration.