Lendemain de veille
Je suis retenu prisonnier dans une pièce magnifiquement décorée. De grandes bibliothèques recouvrent les murs, des meubles en acajou meublent la pièce, un doux et épais tapis recouvre le plancher, et une douce chaleur, provenant d’un feu qui brûle dans la cheminée, me réchauffe. Au mur, des photos de la reine d’Angleterre, un drapeau du Canada et… je crois savoir où je suis.
La photo de Monsieur Stephan trônant sur le bureau me confirme que je suis bel et bien dans le bureau du Prime Minister. C’est Infoman qui serait jaloux. La tête me tourne toujours, mais je dois m’évader. J’essaie d’ouvrir la porte, mais elle est verrouillée. Je tente de téléphoner, mais aucune tonalité au bout de la ligne. Découragé, je m’éffouare solide sur la chaise ministérielle et la fais tourner sur elle-même.
Mauvaise idée. Je vomis dans la poubelle qui se trouve sous le bureau. Pendant que je me vide, je remarque une lettre au fond de la poubelle. Inconscient de mon geste, je ramasse la lettre. C’est l’écriture du Prime. Curieux j’entame sa lecture.
(les *** représentent des mots cachés par des mottons de vomi. Je m’en excuse)
« Cher ******, je vous écris pour vous remercier de m’avoir offert tous les cadeaux que je vous ai demandé l’an dernier. Je savais que j’avais été un bon grand garçon, mais à ce *****, je m’étonne moi-même. Mais bon, j’ai ******** su qu’être conservateur, de toute ma personne, allait un jour m’amener loin. Très loin.
Merci de m’avoir offert, enfin, la majorité que je mérite. M********* je peux faire du plusse beau pays du monde, sans contestation possible, un pays qui perd peu à peu le respect des autres nations de par le *****. Mais gare à eux s’ils veulent jouer au plus fort avec moi. J’ai acheté, avec ma majorité, des super avions F35 pour nous défendre.
Et c’est sans compter sur nos hélicoptères que Peter, un de mes pantins, a testé lors de son voyage de chasse avec ses chums autour d’une ***** Canadian. Certains ont prétendu que c’était à des fins personnelles, mais c’est qu’ils n’ont pas compris que nous, Conservateurs, sommes toujours en devoir pour offrir le mieux à notre population.
Merci encore de m’avoir permis de reléguer le Québec à ******* rien comme il le mérite. Dire qu’ils ont eux-mêmes mis au rancart le ******** chien de garde qu’ils n’avaient jamais eu. Avoir su que ça ne prenait que le passage d’un moustachu à canne à leur Messe du dimanche pour leur faire oublier tout ce que Gilles avait fait pour eux, je me serais ******* pour que ça arrive avant.
Par contre j’ai perdu mon pari. Je croyais *********** que les Québécois prendraient plus de temps avant de se rendre compte de leur erreur et ainsi voir mon opposition jeune orange – on apprécie le jeu de mots ici – descendre drastiquement dans les sondages. J’avais parié un an et ça n’a pris que six mois. Ah, ce n’est pas drôle de ne pas avoir le contrôle sur nos émotions quand vient le temps de voter.
Ah oui, je ne voudrais pas oublier de vous dire merci pour l’ironie d’il y a quelques semaines lorsque Petit Pet a traité mon député Kent de petite merde ! Définitivement j’aime l’intelligence de mon peuple qui préfère faire tout un plat avec un blasphème ***** plutôt que de défendre Pet Jr, car au fond il avait raison sur toute la ligne. Ah, les joies de la majorité et du contrôle des médias.
Je m’en voudrais d’oublier de vous remercier pour tous plein de ******* de bonheur que vous m’avez offerts, comme la loi C10 ou encore notre retrait de Kyoto ou la destruction du registre des armes à feu ou la nomination d’un vérificateur général unilingue anglophone pour faire chier le Québec. Merci, merci, merci !
Pour la prochaine année, j’ai attaché à cette lettre une liste ********* de mes souhaits, mais j’aimerais surtout que vous fermiez la gueule du chroniqueur Sébastien Cholette qui bien que méconnu, n’arrête pas de faire son smatte sur mon dos en me parodiant dans des fictions pas très drôles si vous voulez mon avis.
Bon, je vais devoir vous laisser. J’ai rendez-vous avec Élizabeth pour ******** le jubilé du 75e anniversaire de son couronnement. C’est que, voyez-****, depuis que j’ai réintroduit comme un débile plusieurs symboles monarchiques, tels l’armée royale ou encore le remplacement des toiles d’un minable peintre québécois (un certain Pelland) par ses portraits, elle me demande souvent mon avis, que je lui donne bien humblement en tant que serviteur de Sa Majesté.
Sur ce, je vous souhaite de très joyeuses fêtes et une excellente année 2012
Bien à vous
Monsieur Stephan »
Je ne pouvais pas croire que le Père Noel était responsable de tout ça. Il doit bien avoir des limites à ce qu’il accepte d’offrir aux gens qui lui écrivent, non ? Prenant mon courage à deux mains et utilisant ma troisième pour nettoyer ce qui reste de mon dernier repas sur la lettre pour voir à qui elle était véritablement destinée…
Quand j’ai vu le nom, j’ai figé !
Dans la cheminée, le feu a soudainement pris de l’ampleur.
Des flammes, un homme à la queue fourchue est sorti. Il avait un trident à la main.
Je crois que je suis foutu…