Carole Poirier prend le pouls des aînés
Ce qu’elle a appris lors de ses rencontres avec les gens l’attriste. Les conditions de vie dans lesquelles vivent certains aînés ont de quoi glacer le sang. Plusieurs doivent retourner sur le marché du travail pour parvenir à joindre les deux bouts, ce qui l’inquiète.
« Après avoir passé sa vie à travailler, il n’est pas normal que des personnes âgées doivent réintégrer le marché du travail pour avoir un minimum de qualité de vie. Le système est déficient et il faudrait songer à revoir notre régime de pension. On doit s’adapter aux nouvelles réalités.
« Dans 10 ans, les aînés représenteront 25 % de la population. Il faut réajuster le tir pour s’assurer que les services offerts répondront aux besoins. Ça va prendre un grand coup de barre », souligne Mme Poirier.
Au-delà du régime de pension unique qu’elle souhaite voir instaurer, la députée n’en revient pas de constater que des aînés vivant en résidence privée n’aient pas toujours accès à des services de qualité.
« Les annexes au bail sont stupéfiantes. La liste est exhaustive. Les gens doivent payer pour avoir droit à un bain. Ça n’a pas de bon sens.
« En plus, on contraint les personnes âgées à suivre des horaires établis au quart de tour. S’il y a quelque chose que les gens souhaitent à leur retraite, c’est bien de pouvoir faire ce qu’ils veulent, quand ils le veulent. Pourquoi doit-on absolument les forcer à déjeuner à 7 h?
« Et c’est sans compter le nombre de décès survenu dans les résidences privées. Depuis deux ans, 19 décès ont été enregistrés. Dans certains cas, il s’agit de morts dans des circonstances nébuleuses, mais les propriétaires de résidences privées ne sont pas tenus de déclarer ces décès au coroner. Ces situations me troublent et des améliorations doivent être apportées au système. »
L’une des solutions qu’elle propose est de parfaire la formation des gens qui prennent soin des personnes âgées. Celle-ci doit être uniforme.
Elle souhaite également que les règles de certification des résidences privées soient les mêmes pour tous, de sorte que les aînés puissent faire un choix éclairé le moment venu.
« Présentement, nous avons un système à deux vitesses. Il y a les centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) et les résidences privées. Ces dernières emploient des gens au salaire minimum qui ont une formation limitée, et parfois même, aucune formation pour travailler auprès des aînés. Ils font ce qu’ils peuvent, mais ce n’est pas toujours suffisant.
« La dignité des aînés doit redevenir une priorité. Ils méritent des soins de qualité. »
En héritant du dossier des aînés, la députée a l’impression de boucler la boucle. Elle était jusqu’à tout récemment porte-parole de l’opposition officielle dans le dossier de la famille. Elle passe donc des centres de la petite enfance (CPE) aux aînés.
« C’est un dossier qui demeure dans la famille des sciences sociales et c’est ce qui me plaît. La question est complexe, il y a de gros enjeux à défendre et j’ai bien l’intention de m’acquitter de ma tâche », de conclure Mme Poirier.