Montréal-Nord

Le comité LGBTQ gardera sa porte grande ouverte au Cégep Marie-Victorin

Le comité LGBTQ gardera sa porte grande ouverte au Cégep Marie-Victorin
Photo: Clara Loiseau

Les membres du comité LGBTQ du Cégep Marie-Victorin sont encore profondément choqués après avoir retrouvé les murs de leur local recouverts de graffitis homophobes et transphobes. Mais plutôt que de se laisser abattre, ils tirent de ce geste de mépris une source de motivation pour poursuivre leur défense de la diversité sexuelle. L’Informateur est allé à la rencontre de ces jeunes dans leur local fraichement repeint.

Plus qu’un comité, c’est une véritable famille qui réunit une vingtaine d’étudiants du cégep. C’est donc naturellement que Pascale Hénault ne souhaitait pas donner d’entrevue seule. « Je suis la présidente, mais sans les membres, on n’existerait pas, c’est à eux de parler », explique la jeune femme de 28 ans.

Ici, dans le local du comité LGBTQ, Jonathan, Laurence, Charlie, Eden et Simon ont trouvé ce qu’ils considèrent aujourd’hui leur deuxième famille. S’ils ont des histoires différentes, ces cinq étudiants ont quelque chose en commun : c’est ce comité qui leur a permis d’affirmer qui ils sont.

Jonathan, 18 ans, confie que le comité lui a « changé la vie ». Alors qu’il n’osait pas passer les portes du local, sa sœur jumelle Eden l’a poussée à y aller. Si le jeune homme avait fait son coming-out à ses amis les plus proches, il n’était pas encore près à le faire à sa famille ou encore à l’école. C’est avec beaucoup d’émotion qu’il raconte que c’est ce comité qui lui a « permis de faire [son] coming-out à [sa] famille, ce qui était une grosse étape, très difficile ». Il explique d’ailleurs se « sentir beaucoup mieux » sur son identité de genre depuis qu’il est dans le comité. Mais aujourd’hui encore, sa famille a du mal à accepter son identité de genre et continue d’utiliser le mauvais pronom.

Pour Simon, qui a aussi 18 ans, c’est grâce au comité qu’il a réussi à sortir d’une dépression qui durait depuis sa quatrième année de secondaire. Alors qu’il voulait abandonner ses études, il a trouvé le comité. C’est d’abord aux autres membres que Simon a fait son coming-out. « Deux semaines après avoir avoué ma pansexualité ici [au comité], je l’ai dit à mes parents, à ma famille et après sur internet », confie-t-il. Il affirme se sentir beaucoup mieux aujourd’hui et que cela n’aurait pas été le cas sans le soutien de cette communauté.

En entendant ces témoignages, Pascale explique que « c’est pour ça qu’on ne peut pas fermer le local ». Tous les membres ont discuté justement de l’ouverture du local après l’acte de dégradation et ont mis un point d’honneur à ne pas le fermer.

« On est un comité ouvert, si ça permet à quelqu’un de venir et de trouver une vraie famille, on ne doit pas fermer notre porte » soutien Jonathan.

Après avoir remis sur pied le comité il y a maintenant deux ans, Pascale souhaitait « vraiment offrir un safe space, et pour ça il faut laisser la porte ouverte », appuie-t-elle. Si la jeune femme espérait ne pas voir ce genre d’événement se produire, elle savait qu’en « laissant la porte ouverte, on ouvre la porte à tout ».

Plus forts, toujours positifs

Charlie, âgée de 18 ans, trouve « qu’il y aura toujours du monde qui aura un message [négatif]. Mais il faut tout genre de personne sur notre petite planète ».

Outre les graffitis, ce sont également certains commentaires malveillants, insultants même auxquels le comité a dû faire face après que la nouvelle du vandalisme de leur soit sortie sur internet

Mais au-delà de la haine, c’est surtout une vague de soutien sur les réseaux sociaux qui leur donne aujourd’hui plus de courage et plus de volonté de lutter contre l’homophobie et la transphobie.

« On a eu du soutien de plein de comités d’autres cégep, du groupe militant des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence », explique Laurence, qui a 22 ans. Le soutien a même dépassé les frontières puisque « ça s’est diffusé jusqu’en France; une page LGBTQ+ a partagé ça sur leur page », explique Jonathan.

Laurence explique qu’elle ne pensait pas que « ce petit acte » aurait autant d’impact.

Une lutte encore et toujours d’actualité

Alors que nous sommes dans le mois de la Fierté, soulignant cette année les 50 ans des émeutes de Stonewall à New York, l’événement du cégep Marie-Victorin « prouve qu’il y a encore de l’homophobie, on va tous encore subir de l’homophobie ordinaire, même si elle est moins frappante » confie Laurence.

« Cet événement nous montre justement qu’il y a du travail à faire. Il reste beaucoup de luttes à mener pour la communauté LGBTQ », appuie Pascale.

Tous s’accordent pour dire que ces événements sont très souvent dus à un manque d’éducation et parfois à cause des idées stéréotypées ou des croyances religieuses. D’après Simon, il faudrait aborder le sujet « beaucoup plus tôt, au secondaire par exemple ». Beaucoup déplorent que certains auteurs et autrices issus de la communauté LGBTQ, comme Raimbault ou Verlaine, ne soient pas présentés à l’école comme artiste de cette communauté.

De nombreux messages de soutiens aux comités LGBTQ du Cégep Marie-Victorin ont été partagés sur les réseaux sociaux. Julien Guévremont, président du comité LGBTQ (Agis) du Cégep André-Laurendeau, a réagi rapidement en proposant son aide pour repeindre le local. Alors que son comité a ouvert il y a près de 4 mois, il aura fallu deux semaines pour qu’il voie lui aussi des insultes sur des affiches d’organisme LGBTQ, comme la Fondation émergence. Julien affirme que ces événements ne sont pas nouveaux et « arrivent assez fréquemment ».

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