Montréal-Nord

Discrimination systémique: le PDQ 39 rencontre des organismes de Montréal-Nord

Discrimination systémique: le PDQ 39 rencontre des organismes de Montréal-Nord
Photo: Archives Métro MédiaLe commandant Miguël Alston.

Dans la foulée du rapport montrant une discrimination systémique dans les interpellations des agents du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM), le commandant du Poste de quartier 39 (PDQ), Miguël Alston, a rencontré des organismes et autres « partenaires clés » de Montréal-Nord jeudi afin de présenter les grandes lignes du rapport. Préoccupés, ceux-ci s’attendent à des mesures concrètes pour faire renverser la tendance.

« Je suis resté un peu sur ma faim, admet le coordonnateur de l’organisme Café jeunesse multiculturel, Slim Hammami. On n’a vraiment pas appris plus que ce qu’on savait déjà à Montréal-Nord. Il qualifie toutefois certains chiffres de « frappants » en observant que les arabes « commencent à rentrer dans les statistiques ». Selon le rapport, ceux-ci ont deux fois plus de chances de faire l’objet d’une interpellation policière que les jeunes blancs. Chez les noirs, ce taux monte à 4,2 et chez les autochtones à 4,6.

« On a une relation [avec le SPVM] qui est correcte, parfois en dent de scie et on essaie de cheminer dans le contexte dans lequel on évolue, mentionne Slim Hammami. Le SPVM c’est une grosse machine. On essaie d’évoluer et d’apporter des solutions, mais ce n’est pas simple et ce n’est pas facile. »

L’une des recommandations du rapport a laissé perplexe le directeur général de Carrefour jeunesse emploi (CJE) Bourassa-Sauvé, Gary Obas. « Comment peut-on s’imaginer qu’après une succession de rapports qui fait que les faits sont connus et documentés, que ces policiers formés en relations interculturelles ne sont pas déjà déployés dans les quartiers dits sensibles comme le nôtre? »

« La journée même de la publication du rapport, je tenais à convoquer nos partenaires, explique le commandant du PDQ 39, Miguel Alston. Ça nous interpelle parce que nous avons environ 60% d’immigrants ou d’enfants d’immigrants à Montréal-Nord. Donc nécessairement, on doit être sensible à ça. »

La Table de quartier de Montréal-Nord, Parole d’excluEs et Carrefour jeunesse emploi Bourassa-Sauvé étaient parmi les partenaires convoqués.

« On a répété à plusieurs reprises que derrière tous ces chiffres-là, il y a des êtres humains et que se faire arrêter ce n’est jamais une partie de plaisir, relate M. Hammami. Ça peut être traumatisant pour certains. »

La faute du système, pas des policiers

M. Alston affirme qu’il a « réitéré sa confiance envers ses policiers » durant la rencontre, qu’il ne croit pas faire partie du problème. « Sur 4500 policiers à Montréal, il peut y avoir eu des mauvais comportements et il pourra toujours y en avoir et sur ça il faudra intervenir. Mais d’ordre général, je considère que les policiers ne sortent pas du poste de quartier avec un comportement discriminatoire. Ils veulent appliquer la loi dans un secteur où il peut y avoir de la violence.

Le commandant pense que ces chiffres découlent davantage de la « matière organisationnelle » du SPVM. Il pointe notamment du doigt l’absence de politique à suivre concernant les interpellations. « On veut outiller nos policiers pour indiquer les bonnes façons de faire, les accompagner dans cette démarche avec des formations. »

Une politique en ce sens n’arriverait pas trop tôt, selon ce qu’observe M. Obas. « Certains jeunes qui nous disent qu’ils sont interpellés à deux, trois ou même quatre reprises dans une même journée », affirme-t-il.

La disparité d’interpellations chez les Noirs moins prononcée à Montréal-Nord

L’indicateur de disparité de chances d’interpellation chez les Noirs est moins élevé à Montréal-Nord que dans d’autres arrondissements. Cela signifie qu’un Noir à Montréal-Nord est interpellé par le SPVM à une fréquence plus similaire à la moyenne. On remarque que les arrondissements où on trouve une plus grande disparité sont ceux où la proportion de la population noire est plutôt faible.