Montréal-Nord
17:04 3 mars 2020 | mise à jour le: 3 mars 2020 à 17:04 temps de lecture: 4 minutes

Des projets de Hoodstock pour établir une justice alternative à Montréal-Nord

Des projets de Hoodstock pour établir une justice alternative à Montréal-Nord
Photo: Archives Métro

L’organisme Hoodstock fera de grands pas pour concrétiser son objectif d’établir une justice alternative à Montréal-Nord. En plus d’ouvrir une clinique juridique destinée aux personnes immigrantes et racisées, il sera prochainement responsable de déployer un programme gouvernemental qu’il compte adapter à la réalité des personnes noires.

«On est extrêmement fiers, se réjouit Will Prosper, co-fondateur de l’organisme. L’avenir réside dans la justice alternative et on est content d’en être des précurseurs.»

Au mois d’avril, Hoodstock assurera d’abord la mise en place du Programme de mesures de rechange général pour adultes (PMRG) du gouvernement du Québec dans Montréal-Nord, Ahuntsic, Rivière-Des-Prairies et Saint-Michel.

Cette nouvelle mesure d’abord mise en place en 2019 dans plusieurs régions du Québec vise à diminuer le risque que des personnes accusées de certaines infractions criminelles aient à nouveau des démêlés avec la justice. Pour ce faire, il offre par exemple des voies de réparation envers une victime ou la communauté.

Briser les cycles

À Montréal-Nord, Hoodstock compte déployer ce programme avec un angle particulier, celui de la surreprésentation des personnes noires dans le système de justice. En 2017-2018, la proportion de détenus noirs au Canada était de 7,3% alors que les Canadiens noirs ne comptaient que pour 3,5% de la population du pays.

Hoodstock souhaite utiliser les mesures du programme pour «briser les cycles créés par les barrières systémiques», explique Cassandra Exumé, coordonnatrice générale de l’organisme.

Elle cite par ailleurs le rapport du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) qui révélait que les personnes noires et les autochtones ont quatre à cinq fois plus de chances d’être interpellées par ses policiers que les personnes blanches.

De son côté, la chargée de projets et avocate en droit criminel Marie-Livia Beaugé soutient que son projet permettra d’empêcher les «cercles vicieux» causés par les accusations de non-respect des conditions.

«Il y a tellement d’enjeux avec la justice. Chaque fois qu’on commence à aborder un aspect, il y a une autre porte qui s’ouvre. On est dans une période d’essais et erreur, mais à travers tout ça on va pouvoir jeter une bonne base.» -Will Prosper, co-fondateur de Hoodstock

L’organisme consultera la communauté et des experts universitaires pour adapter son programme à la réalité des personnes noires.

Dans un courriel, le ministère de la Justice du Québec a expliqué pourquoi il a choisi de confier ce mandat à Hoodstock. «Le fait que le programme soit administré par un organisme communautaire qui connaît bien les réalités du contrevenant fait en sorte qu’un sentiment d’appartenance et de confiance s’installe, souligne le relationniste Paul-Jean Charest. La mesure de rechange a plus de chance de succès auprès du contrevenant étant donné qu’elle est plus significative pour ce dernier.»

Faciliter l’accès à la justice

Mme Beaugé pilote également un projet de clinique juridique qui s’adresse aux personnes immigrantes et racisées L’objectif est de renseigner et d’orienter ceux et celles qui sont peu ou pas familières avec les procédures du système judiciaire.

La clinique viendra aussi en aide aux personnes qui doivent se défendre par eux-mêmes, n’ayant ni les moyens de se payer un avocat, ni l’accès à l’aide juridique.

«Je n’encourage personne à se défendre sans avocat devant le système de justice criminelle, insiste Mme Beaugé. C’est vraiment une mauvaise idée, mais ça n’empêche pas que ça arrive pour des raisons financières.»

La clinique juridique qui doit ouvrir en septembre fonctionnera grâce à l’implication bénévole d’une quinzaine d’étudiants de l’Université du Québec à Montréal et de plusieurs avocats qui offriront un soutien.

Articles similaires