Montréal-Nord
17:51 25 novembre 2020 | mise à jour le: 25 novembre 2020 à 17:54 temps de lecture: 5 minutes

Une vision de l’arrondissement de Montréal-Nord qui ne fait pas l’unanimité

Une vision de l’arrondissement de Montréal-Nord qui ne fait pas l’unanimité
Photo: Olivier Faucher/MétroWilliamson Lamarre et Roger Petitfrère, membres du Regroupement des intervenants et intervenantes d’origine haïtienne (RIIOH).

Depuis plusieurs semaines, l’arrondissement de Montréal-Nord présente une liste préliminaire de projets à financer aux gouvernements et aux bailleurs de fonds qui souhaiteraient venir en aide au quartier. Or, ce document est loin de faire l’unanimité chez les organismes communautaires.

L’année 2020 aura été difficile pour Montréal-Nord. En plus d’avoir été l’épicentre de la première vague de la COVID-19, le secteur a connu une flambée de crimes violents pendant la période estivale. Le quartier connaît des problèmes qui ne datent pas d’hier, mais les récents événements ont sonné une cloche à Québec, où le gouvernement évoque l’idée d’ouvrir une voie rapide pour financer des projets de développement social.

C’est dans ce contexte que depuis un mois, la mairesse Christine Black fait des représentations auprès du gouvernement du Québec, de la Ville de Montréal et des bailleurs de fonds. Elle leur présente une liste de 22 projets que l’arrondissement aimerait faire financer. Ce document, nommé «Agir ensemble», et dont Métro a obtenu copie, est toujours en développement, précise l’arrondissement.

«On s’est mis en mode action pour essayer de voir ce qui était déjà prêt dans les cartons, qui pouvait être financé rapidement et qui faisait l’assentiment de la communauté», explique Mme Black.

L’arrondissement a lui-même choisi des initiatives qui, selon lui, auront un impact durable sur la santé de la population et la lutte contre la criminalité dans le quartier. Parmi celles-ci, on compte la bonification du financement des organismes communautaires, l’augmentation du nombre de travailleurs de rue, le développement de soins de santé de proximité, ainsi que l’amélioration de diverses infrastructures publiques.

Choix critiqués

Deux collectifs d’organismes s’opposent toutefois au contenu de cette liste de projets, affirmant ne pas avoir été consultés par l’arrondissement.

«On dit “non, c’est non”. Cette fois-ci, on ne peut pas injecter de l’argent public dans une approche qu’on sait qui va aller directement dans le mur», martèle Williamson Lamarre, directeur de Café-jeunesse multiculturel. Cet organisme qui intervient auprès des jeunes et des jeunes adultes du quartier depuis plus de 40 ans, est l’un des huit membres du Regroupement des intervenants et intervenantes d’origine haïtienne (RIIOH).

Selon le RIIOH, l’arrondissement a sélectionné des projets qui n’interviendront pas suffisamment sur les enjeux cruciaux de la pauvreté et de l’exclusion sociale.

Pour Roger Petitfrère, directeur du Centre de formation Jean-Paul-Lemay, également membre du RIIOH, il n’est pas acceptable que l’arrondissement n’ait pas inclus de projet en lien avec l’éducation dans sa liste alors qu’il s’agit d’un déterminant important de la pauvreté.

«Les sans certificat ou diplôme à Montréal-Nord, c’est une statistique alarmante. Ils savent que c’est un problème, mais il n’y a pas d’action.»

Le RIIOH déplore que ses membres n’aient pas été consultés par l’arrondissement pour rédiger cette liste. «On veut agir sur le problème, mais sans les gens qui connaissent très bien le problème», dénonce M. Petitfrère.

Même son de cloche chez un autre collectif comptant cinq organismes, dont Parole d’excluEs, Un itinéraire pour tous et Hoodstock. Membre de ce dernier, Will Prosper dénonce le contenu de ce plan «imposé» et «improvisé» par l’arrondissement. Pour lui, trop d’enjeux, dont la pauvreté, ne figurent pas dans le document. Il déplore notamment la mention «à venir» sur un projet en lien avec le profilage racial et social.

«Comment ça peut être du contenu à venir? On est l’un des arrondissements les plus frappés par le profilage racial et social. On n’a tellement pas d’idée qu’on a une page blanche. Pour moi, ça représente le fait qu’on n’a jamais voulu adresser cet enjeu-là. C’est un manque de respect pour la population. Je trouve ça vraiment grave.»

M. Lamarre, M. Petitfrère et M. Prosper siègent tous les trois sur le conseil d’administration de la Table de quartier. À ce jour, celle-ci n’a toujours pas endossé la liste de projets de l’arrondissements.

La mairesse «étonnée»

«Je suis un peu étonnée de voir qu’ils réagissent de cette façon-là», répond la mairesse de Montréal-Nord, Christine Black, en entrevue avec Métro.

La mairesse soutient que son administration «a fait ses devoirs» et que les projets sélectionnés sont désirés par la population. Elle affirme que chacun d’eux a déjà fait l’objet d’une consultation.

Elle affirme également que l’arrondissement a choisi les actions «qui pouvaient avoir le plus grand impact dans la communauté».

Mme Black rappelle toutefois que le document est toujours en développement et que «toutes les idées sont les bienvenues.»


Quelques projets parmi les 22 sélectionnés:

  • Identifier et agir sur les problèmes liés aux fusillades (à court terme)
  • Contrer les profilages racial et social (à court terme)
  • Offrir des soins de santé de proximité (à moyen terme)
  • Bâtir un vrai terrain de sport au parc Henri-Bourassa (à moyen terme)
  • Rendre les rues plus accueillantes (à long terme)

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