Montréal-Nord
07:36 5 mars 2021 | mise à jour le: 6 mars 2021 à 18:19 temps de lecture: 4 minutes

«Flânage» : un communiqué du SPVM jugé stigmatisant à Montréal-Nord

«Flânage» : un communiqué du SPVM jugé stigmatisant à Montréal-Nord
Photo: Naomie Gelper/Métro

Un communiqué du SPVM mettant les jeunes en garde contre le «magasinage en groupe [et le] flânage» dans les centres commerciaux fait sourciller des intervenants communautaires de Montréal-Nord, qui y voient un exemple de stigmatisation de l’arrondissement.

Les agents de sécurité des Halles d’Anjou et des Galeries d’Anjou doivent «intervenir fréquemment auprès de jeunes qui flânent ou se rassemblent dans leurs établissements, contrevenant ainsi aux mesures sanitaires en vigueur», rapporte un communiqué envoyé le 26 février par le poste de quartier (PDQ) 39 du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Le document ajoute qu’«après vérification, il semblerait que plusieurs d’entre eux fréquenteraient les écoles secondaires de Montréal-Nord.»

Ricardo Gustave, chargé de mobilisation sur les enjeux d’inclusion, de discrimination et de racisme systémique chez Paroles d’Exclues, croit que le document rédigé par le SPVM soulève de nombreuses questions, notamment celles du rôle des agents de sécurité et de la façon qu’ils obtiennent les renseignements sur la provenance des jeunes «flâneurs».

«Les agents de sécurité dans les centres d’achats qui ont identifié ces jeunes problématiques, on ne sait pas dans quelles conditions ils ont fait ces constats. Il y a beaucoup de place pour de l’interprétation».

Will Prosper, ancien policier devenu militant antiraciste, croit qu’il n’est pas anodin que le nom du quartier soit le seul explicitement nommé dans le communiqué du SPVM.

«La stigmatisation de Montréal-Nord est à ce point forte que c’est un nom qui résonne plus longtemps dans la tête des gens que si l’on mentionne Ahuntsic», dit-il à titre d’exemple.

Sans nier que des rassemblements de jeunes puissent se faire dans les centres commerciaux, Slim Hammami, coordonnateur du Café-jeunesse multiculturel, croit pour sa part que ce communiqué renforce le préjugé que des jeunes de Montréal-Nord sont «criminalisés» et pourraient donc causer du trouble.

«Ça ajoute à la perception erronée que Montréal-Nord est un Far West. C’est préjudiciable pour Montréal-Nord, et ses jeunes encore plus. Ça n’aide pas leur relation avec la police, ils vont en parler à l’école», souligne-t-il.

Inégalités

Au-delà de la question de la stigmatisation, Nargess Mustapha, présidente et cofondatrice de l’organisme Hoodstock, y voit un énième exemple d’inégalités exacerbées par la pandémie.

«Qu’on se le dise, le flânage dans les centres d’achats n’est pas uniquement affaire des jeunes de Montréal-Nord. Qu’avons-nous mis en place pour permettre à nos jeunes qui ne sont ni en chalet ni sur nos pistes de ski en cette période de relâche?», affirme-t-elle.

Le communiqué du SPVM a pour effet de tourner le couteau dans la plaie, à ses yeux.

«Les mesures sanitaires activées depuis le début de la pandémie sont difficilement applicables pour certains jeunes de Montréal-Nord qui vivent dans des situations de vulnérabilité où leurs seuls espaces de socialisation ne sont plus accessibles», conclut-elle.

Flous dans les procédures

Sollicité, le SPVM n’a pas accordé d’entrevue dans ce dossier. Par courriel, les policiers expliquent que cette infolettre a été distribuée dans des écoles secondaires d’Anjou et de Montréal-Nord.

«Il s’agit d’initiatives locales en réponse à des plaintes signalées aux policiers par des commerçants, des citoyens et des partenaires externes au sujet des problématiques observées liées au non-respect des mesures sanitaires», est-il souligné.

Aucune information relative à la vérification de la légitimité des plaintes signalées n’a été fournie à Métro, malgré la demande d’information.

Les directions des Halles d’Anjou et des Galeries d’Anjou n’ont pas répondu à nos questions.

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