Montréal
05:00 6 avril 2021 | mise à jour le: 6 avril 2021 à 07:19 temps de lecture: 5 minutes

Montréal-Nord: une heure dans la vie des policiers communautaires

Montréal-Nord: une heure dans la vie des policiers communautaires
Photo: Josie Desmarais/MétroLes policiers Oscar Espinoza et Carmine Gallo (à droite).

C’est une journée comme une autre pour les agents sociocommunautaires Carmine Gallo et Oscar Espinoza. Depuis 12 ans, les deux hommes pratiquent une approche policière axée sur la prévention dans un quartier réputé pour sa turbulence. Et ce matin, leur intervention à l’école Amos ne fait pas exception.

Comme plusieurs autres directeurs d’écoles du secteur, Nathalie Labelle fait régulièrement appel aux deux policiers lorsqu’elle appréhende un danger pour ses élèves.

Cette fois-ci, elle craint des représailles auprès de quatre élèves, agressés récemment dans un parc d’un arrondissement voisin. Une histoire de drogue, d’amour ou d’argent, présume Oscar Espinoza, qui aurait mené à des coups de couteaux et des coups de feu.

«Ils ont dû piler sur le gros orteil de quelqu’un. Est-ce qu’ils pourraient venir ici? S’il vous plaît, faites juste vous faire voir!», affirme la directrice, inquiète.

«On s’en occupe», répond l’agent Gallo.

Les policiers prennent des nouvelles d’anciens élèves. Après 20 ans, plusieurs sont passés. Certains ont mal tourné, d’autres sont carrément incarcérés, mais quelques belles histoires suffisent à remettre le sourire aux lèvres de la directrice.

«Eh oui, deux ans qu’il a sa petite job, imagine-toi donc», lance-t-elle à demi surprise.

Les salutations sont distribuées au personnel d’établissement et les agents Gallo et Espinoza remettent finalement le pied à l’extérieur. À l’arrière de l’école, des jeunes sont accoudés sur une Mercedes modifiée.

«La police!», prévient une élève.

Dans un geste de panique, le chauffeur démarre en trombe et file à toute vitesse, hors d’atteinte. Rapidement, les adolescents se dispersent.

«Carmine et moi on a des enfants, on connaît la réalité des jeunes du quartier. Là ils étaient en groupe, ils veulent se prouver. On préfère les prendre à part, c’est complètement autre chose», affirme l’agent Espinoza.

De simples «bonjours» suffisent à établir une présence policière dans le quadrilatère, ralentissant par le même fait toute initiative illicite. Les commerçants et résidents du secteur, souvent collaborateurs auprès des agents, semblent apprécier leur présence.

«En étant ici depuis longtemps, on a gagné leur confiance. Quand ils nous voient, ils savent qu’on n’est pas là pour la répression, mais en tant qu’agents communautaires. On est à l’écoute avant tout», souligne l’agent Gallo.

Proximité

En direction du quartier Nord-Est, qu’ils appellent chaleureusement leur «bureau», les agents sociocommunautaires discutent de la perception actuelle du travail policier.

Dans une année marquée par de multiples allégations de profilage racial visant le SPVM, les agents Espinoza et Gallo croient avoir conservé la confiance des citoyens grâce à leur approche particulière.

«On est conscient de la réticence de certains citoyens, de la froideur du climat actuel. Mais on est persuadé qu’à cause de la relation qu’on a bâtie avec les citoyens, ils vont garder confiance en nous. On est des polices personnalisées», affirme Carmine Gallo.

À travers les années, les deux policiers du PDQ39 ont mis sur pied une série d’activités visant à mettre de l’avant le «côté humain» de leur vocation.

Que ce soit un souper de Noël avec les personnes âgées ou une course avec les élèves du secondaire après les cours, ils tentent de solidifier leurs liens de confiance avec les citoyens par la proximité.

Collaboration

Le véhicule est immobilisé au coin des rues Pascal et Lapierre. Agité, un homme s’approche de la voiture. Les agents le connaissent, l’individu sort tout juste de prison.

«Vous êtes des traîtres, ce n’est pas correct ce que vous avez fait», leur reproche-t-il.

«Écoute-nous on a un travail à faire, est-ce qu’on t’a déjà manqué de respect?», répond l’agent Gallo.

«Non, mais les autres…», commence-t-il.

«Les autres c’est les autres. Entre nous, y’a pas de problème et on va garder ça de même. Si tu me respectes, on va te respecter», rétorque le policier en souhaitant à l’individu un bon retour dans la communauté.

La voiture est remise en marche vers une dernière destination avant le retour au poste de police. Les agents sont satisfaits de leur dernière intervention. Leur travail s’inscrit dans un esprit de continuité et de collaboration avec les citoyens. La confiance est à la base de leur philosophie.

Autour des centres d’achats du coin, l’agent Espinoza prend des nouvelles des citoyens défavorisés. Il fait beau à l’extérieur et l’humeur est bonne.

Un homme leur fait signe, il veut montrer sa motocyclette, fraîchement sortie du garage. Un peu plus loin, une femme et son enfant conversent quelques instants avec l’agent Gallo.

Déjà, le temps du «lunch» est arrivé. C’était une matinée comme une autre, et les policiers sont satisfaits.

«On a trouvé une façon de se rendre utile, ça prend du temps faire changer les mentalités. Mais faut pas oublier, même les gangs de rue sont récupérables. Ce n’est pas juste de la confrontation, mais beaucoup d’écoute et de prévention», conclut l’agent Espinoza.

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