Montréal
13:41 26 mars 2021 | mise à jour le: 26 mars 2021 à 16:22 temps de lecture: 4 minutes

Violence conjugale: le déconfinement inquiète

Violence conjugale: le déconfinement inquiète
Photo: Bundit Chailaipanich/123RFAu cours de la dernière année, les cas de violences conjugales ont été plus «lourds» et plus «complexes».

Sept féminicides en sept semaines, 14 depuis le début de la pandémie. Le confinement a exacerbé la violence conjugale partout dans la province. À Montréal-Nord, où la situation était déjà critique, le déconfinement n’annonce rien de bon.

«Les conjoints violents avaient l’emprise à cause des restrictions, mais maintenant que les femmes ont plus de liberté, pour sortir et voir des amies notamment, le conjoint veut reprendre ce contrôle. Le féminicide, c’est l’acte suprême de contrôle sur la victime», souligne Sophie Lemay, directrice générale d’Halte-Femmes Montréal-Nord.

En fonction depuis 1984, l’organisme offre du soutien aux femmes du quartier, et du reste de l’île, victimes de violence conjugale. Ses trois intervenantes effectuent de l’accompagnement téléphonique et en présentiel.

Au cours de la dernière année, les cas de violences conjugales ont été plus «lourds» et plus «complexes», selon Mme Lemay.

«C’est devenu multi problématique. Le confinement a restreint l’accès aux ressources pour les femmes. Elles ont été plus isolées que jamais. Les appels à l’aide sont une option rapidement écartée, parce que monsieur est en télétravail à la maison», précise-t-elle.

En effet, la violence envers les femmes a bondi en fréquence et en gravité. Les partenaires violents, en contexte pandémique, ont eu le champ libre afin d’augmenter leur emprise sur les victimes, utilisant fréquemment les mesures sanitaires comme prétexte de contrôle.

SOS violence conjugale, qui couvre la totalité de la province, a vu pour sa part une augmentation nette des demandes pour ses services cette année. Elles ont grimpé de 33 000 à 40 000 de 2019 à 2020.

Claudine Thibaudeau, travailleuse sociale et responsable du soutien clinique pour l’organisme, appréhende également les effets du déconfinement sur la violence conjugale.

«Beaucoup de victimes ont remis à plus tard leur réflexion sur une possible rupture. Ce n’était pas le bon moment. Mais à présent, elles risquent de retourner à cette idée. Cela a le potentiel d’augmenter la violence», affirme-t-elle.

Ressources

La vulnérabilité des victimes de violence conjugale s’accroît au rythme de leur degré d’isolement. Pour Sophie Lemay, le soutien de l’entourage des femmes éprouvées par une telle situation est capital. Il ne faut jamais couper les ponts, malgré l’incompréhension.

«Quand un acte de violence va arriver, la victime va perdre confiance et continuer de subir s’il n’y a personne auprès d’elle. Il faut que ces dernières continuent de croire que c’est possible de s’en sortir», recommande Sophie Lemay.

Régulièrement, les femmes violentées ne reconnaissent pas d’emblée qu’elles sont victimes. Les mots «violence conjugale» sont souvent laissés de côté au profit d’explications et de justifications floues. Cela retarde l’action des victimes.

«La connaissance des droits est un réel enjeu à Montréal-Nord, certaines communautés ignorent les ressources qui leur sont disponibles. Nous avons comme objectif de rejoindre ces personnes», affirme Bérène François de la Clinique juridique de Montréal-Nord.

Nouvellement implanté dans le quartier, l’organisme travaille aux côtés de Halte-femmes Montréal-Nord en offrant un soutien juridique gratuit aux citoyens.

Pouvoir

Pour retrouver leur liberté, les victimes de violence conjugale sont guidées par SOS violence conjugale vers une reprise progressive de leur emprise sur leur situation.

Les femmes qui vivent de la manipulation sont invitées à légitimer leur sentiment en remplissant un questionnaire interactif sur le site web de l’organisme. Depuis trois mois, c’est 22 000 personnes qui ont fait l’exercice.

Le questionnaire est disponible au www.sosviolenceconjugale.ca.

Pour une urgence, les femmes peuvent contacter l’organisme 24h/24, 7 jours sur 7, le 1 800-363-9010.

Pour rejoindre Halte-Femmes Montréal-Nord, elles sont invitées à composer le 514-328-2055.

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