Hip-hop contre la hausse
À l’origine, il y a eu Samuel Daigle Garneau, responsable du contenu chez hiphopfranco.com, qui a demandé à plusieurs rappeurs de s’exécuter dans le cadre de capsules vidéos en mars dernier. « J’ai invité une tonne de rappeurs, dont Dj Horg, à se prononcer contre la hausse. Chacun devait écrire un texte et le rapper a cappella devant la caméra », rappelle l’initiateur du projet.
Puis, DJ Horg a voulu pousser le concept plus loin. Il a rassemblé ceux qui avaient participé à ces capsules et a enregistré la pièce « Carré rouge ». Est ensuite venue l’idée de la compilation, qui a été réalisée dans l’urgence, de façon bénévole par tous ses participants et lancée le 1er juillet. À ce jour, elle a été téléchargée près de 3000 fois sur hiphopfranco.com/printempserable.
Une touche nord-montréalaise
Antoine Rousseau, né à Montréal-Nord en 1980 et qui y a vécu jusqu’en 2000, roule sa bosse dans le monde du rap et du hip-hop depuis des années sous le pseudonyme de Cheak 13. Il était déjà proche de Dj Horg, ce dernier co-réalisant son album qui paraîtra à l’automne prochain, et pour avoir travaillé comme technicien dans son studio d’enregistrement. Il a donc volontiers sauté dans le train de Printemps érable. « Ça s’est fait en quatrième vitesse. Nous voulions photographier le moment. Et ce n’est pas fini. Avec la loi 78, ça ne concerne plus que les étudiants », raconte l’artiste et père de trois enfants, attablé près du skate park du boulevard Pie-IX, à Montréal-Nord.
Cheak 13 participe à deux pièces sur Printemps érable (Éradiquer les radicaux et Hymne à a marche). Si l’on peut dire que le ton général des œuvres de ce projet est pour le moins incisif, le rappeur aux longs dreads ne laisse pas sa place, entre autres sur la pièce « Éradiquer les radicaux », quand il chante que Les cops nous embarquent, les profs se sentent mal / La démocratie s’enfarge, on sait que la solution c’est pas les entarter ou alors que C’pas une question de parti politique ou d’allégeance / J’déposerai mon mic en feu dans leur pompe à essence / Parce que c’est pas en étant libérés des libéraux / Que l’élite va arrêter d’essayer d’éradiquer les radicaux.
Ses appels à l’action directe à peine voilés, ses textes qui peuvent être qualifiés de radicaux, Antoine Rousseau semble bien les assumer. « Artistes, militants passifs ou émeutiers : il y a plein de postes à combler, dit-il après un moment de réflexion. Un ne va pas sans l’autre, et sans ça, les droits sociaux n’auraient jamais progressés », ajoute-t-il, disant ne pas craindre les conséquences de ses prises de position. « La loi 78, on ne peut pas s’arrêter à ça parce que sinon, on ne ferait même plus de musique. »
Printemps érable a été chaleureusement accueilli, un critique musical de La Presse parlant même d’une « précieuse chronique sociale », d’une des « meilleures compilations québécoises de l’année » et d’un album ne comportant aucune faiblesse.
« Ce n’est pas évident quand tu viens de Montréal-Nord. Les jeunes d’ici doivent traverser un désert s’ils veulent déboucher professionnellement », dit Antoine Rousseau à propos de son parcours et du quartier qui l’a vu naître.
Malgré tout, celui qui continue de performer au sein du collectif Douze Singes, en plus de vaquer au développement de son propre studio d’enregistrement et de produire des beats pour d’autres artistes, lancera son premier album solo le 31 août aux Katacombes, un premier CD qui sera disponible en magasin dès le 4 septembre.