Soutenez

Une fête de Pourim sans autobus

Joanny-Furtin Michel - TC Media
Le Comité consultatif sur les relations intercommunautaires, piloté par la conseillère Ana Nunès, a présenté une recommandation en faveur d’une dérogation pour la Fête de Pourim. En vain. Retour sur ce débat lors du conseil d’arrondissement lundi soir.

Une trentaine de personnes ont assisté à la séance du conseil d’arrondissement lundi soir. Absent, le conseiller Louis Moffatt était excusé. La chaine de télévision CTV filmait la séance.

En plus des résolutions habituelles, le conseil devait statuer sur une recommandation du Comité consultatif sur les relations intercommunautaires, initié et présidé par la conseillère Ana Nunès (Union Montréal) invitant les élus à voter une dérogation au règlement sur la circulation des autobus à plus de deux essieux dans les rues de l’arrondissement pour faciliter la tenue d’une fête d’enfants, la Fête de Pourim les 24 et 25 février prochain.

Trois citoyens ont fait part de leur désaccord lors de la période de questions du public. Pierre Lacerte a rappelé que le règlement 1171 sur la circulation des autobus dans les rues résidentielles existe, et que depuis trois ans, l’arrondissement refuse une dérogation à l’occasion de la fête de Pourim quant au droit de circuler en autobus dans l’arrondissement. « Qu’importe, ils circulent avec les autobus et des systèmes de son amplifié excessifs… », a lancé Pierre Lacerte. « Allez-vous céder à la pression ? »

Marie Cinq-Mars a rappelé qu’il est normal que « tout citoyen qui porte un projet et qui veille à la sécurité de son événement exerce des pressions sur les services de l’arrondissement et ses élus afin d’obtenir les meilleures conditions et services pour son projet ».

Elle a tenu a rappelé également qu’en « cas de débordement ou de non-respect des règlements, des constats d’infraction sont dressés avec des amendes à payer. Lors du dernier Pourim justement, 50 constats ont été émis pour des automobiles mal stationnées et 11 contraventions l’ont été pour des autobus. En voulez-vous 500 ? Voulons-nous un État policier pour chaque fête communautaire ? »

Cinq dérogations potentielles

Jean Larin est revenu sur le procès-verbal du 21 octobre 2012 du Comité consultatif sur les relations intercommunautaires. « Dans ce document, la communauté hassidique demande cinq dérogations à l’arrondissement : la circulation d’autobus pour la fête du Pourim, les stationnements gratuits les samedis de fêtes religieuses, les soukhots, leurs processions et la crémation des pains. »

« Puisque la Fête de Pourim s’en vient les 24 et 25 février, il est bon de rappeler que le règlement interdit les véhicules de plus de deux essieux dans les rues résidentielles. La communauté a besoin d’un certain nombre de véhicules pour transporter les enfants. Mais quelques mini-vans, ce n’est pas impossible à trouver pour résoudre ce problème », croit-il. En raison de son argumentation et craignant de créer un précédent, Jean Larin a invité les conseillers à ne pas accepter cette demande de dérogation.

À l’invitation de la mairesse, Ana Nunez répond qu’elle ne fait que présider le Comité consultatif dont elle apporte les résolutions et demandes auprès du conseil. Marie Cinq-Mars a ajouté que l’arrondissement allait tout faire selon les lois et les règlements pour une cohabitation heureuse et une bonne harmonie entre les communautés d’Outremont en invitant tous et chacun à en respecter les règlements.

Un mauvais souvenir

Marie-Claude Ouimet a rappelé l’incident dont Céline Forget avait été victime il y a un an, « un événement d’une grande violence », a-t-elle commenté. « Madame la mairesse, vous n’avez jamais exigé d’enquête, vous n’avez jamais exigé d’excuses. À propos de la Fête de Pourim, avez-vous prévu de rencontrer les leaders de la communauté hassidique afin que leurs membres fêtent dans le respect des règlements municipaux ? »

« Ne dites pas que nous n’appliquons pas les règlements : il n’y a jamais eu de ma part une quelconque demande de ne pas suivre les règlements », a rétorqué la mairesse. « Nous n’avons jamais demandé à nos services de ne pas faire leur travail. Le mettre en doute est une insulte à nos fonctionnaires. Toute organisation bénéficie du même encadrement de la part des services de l’arrondissement. »

« Lors de la Fête de Pourim l’an passé, nous avons dressé 61 contraventions pour cette fête communautaire, mais vous ne me croirez jamais. Je trouve également très loufoque de me demander si je vais rencontrer les représentants de la communauté hassidique alors que, sur certains blogs, on diffuse ma photo avec des gens de la communauté hassidique », a ajouté Marie Cinq-Mars.

Ainsi trois voix se sont exprimées contre cette demande, mais, malgré la présence de quelques représentants hassidiques, aucune voix favorable à cette dérogation n’est venue au micro pour la soutenir et tenter d’infléchir le vote des quatre élus présents.

La recommandation du Comité consultatif

Au chapitre des varia, Anna Nunez a pris la parole à aborder la recommandation du Comité consultatif des relations intercommunautaires en rappelant que « ce comité a été créé de façon spontanée et qu’il ne s’agissait pas d’une demande officielle. Son mandat est disponible sur le site internet de l’arrondissement. Le comité siège toutes les deux semaines et ses recommandations demandent encore de nombreuses discussions et délibérations avant de les publier. »

« Toutefois, l’approche de la Fête de Pourim qui s’en vient les dimanche 24 et lundi 25 février, a amené le comité à faire une recommandation spécifique. Pourim est une fête d’enfants. Elle nécessite des déplacements par classe de 15, 18 ou 21 enfants et leurs accompagnateurs. Le souhait des enfants, c’est d’être ensemble dans le même autobus pour se rendre de maison en maison et présenter leurs chants. «

« Le règlement actuel autorise des mini-bus à simple essieu. Or, la demande de la communauté représentée au Comité consultatif, c’est de pouvoir utiliser des autobus à double essieu, qui contiennent 21 passagers au lieu de 15 ces journées-là. La problématique de cette fête, c’est la capacité de trouver des autobus autorisés par le règlement. Il existe 50 à 60 compagnies d’autobus au Québec, mais la communauté avance qu’il n’y aurait pas assez de bus disponibles. »

Après ces discussions, la conseillère Ana Nunès a donc fait part de la demande du « Comité consultatif sur les relations intercommunautaires qui recommande que, à l’occasion de la fête de Pourim, l’arrondissement autorise à titre exceptionnel, la circulation de véhicules à double essieu de 18h à 22h le 24 février et de 12h à 23 h le 25 février, sans aucun appareil de son portatif à bord. Un représentant de la communauté hassidique serait identifié pour pallier à toute problématique éventuelle ces deux journées-là. Et les autobus stationneraient dans les allées privées ou les entrées pour ne pas gêner la circulation des rues à sens unique. » Cette proposition n’ayant pas été appuyée par un autre élu, la proposition n’a donc pas été retenue par le conseil d’arrondissement.

L’absence d’un conseiller concerné

Marie Potvin est intervenue pour dire que « nous avons tous à cœur la sécurité des enfants de toutes les communautés présentes sur le territoire. Mais cette demande allant à l’encontre de nos règlements, nous l’avons refusée. Il nous faudra faire attention de ne pas autoriser des demandes similaires à une autre communauté ou groupe communautaire. »

« De plus, je ne peux voter sur une résolution touchant principalement le district de mon collègue, le conseiller Louis Moffatt, absent aujourd’hui. Le délai était trop court et j’aurais aimé travailler dès septembre avec vous, les membres de la communauté hassidique, pour préparer toutes les éventualités et mettre en place les dispositions nécessaires pour répondre au mieux à vos attentes. » Des propos applaudis par une partie de l’assistance.

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.