Vanessa Husaruk refuse la facilité
Vanessa ne choisit jamais la facilité lorsqu’elle prépare un programme, même avec Beethoven ou Grieg. Elle se tournera alors vers les oeuvres du compositeur les moins conventionnelles aux oreilles du public.
Ce fut le cas de la sonate No 10 opus 96 de Ludwig van Beethoven. C’est toujours un peu curieux d’écrire cela, mais… le piano jouait trop fort! Certes, une sonate propose une conversation entre deux instruments, sauf que ce soir-là, descendre un peu le couvercle du piano aurait permis d’apprécier à sa juste mesure, la partition du violon. Il semble qu’on y ait remédié à l’entracte.
En tout cas, l’allegro moderato où se nouent de fortes émotions était rendu de façon volontaire et pugnace par Vanessa Husaruk. L’adagio espressivo a fait chanter le violon alors que Vanessa arrivait à faire ressortir les harmoniques de la composition. Un moment rare. Enfin, les deux derniers mouvements, allegro et poco allegretto, très enjoués ont ramassé l’ensemble dans un réel bonheur auditif malgré l’âpreté de l’œuvre.
En effet, la sonate No. 10 de Ludwig van Beethoven est cérébrale et joue sur les dissonances. On y retrouve ce qui a fait que Beethoven est un grand compositeur, c’est-à-dire le travail du son où la mélodie semble secondaire, cet esprit de création pure, à l’image des Illuminations d’Arthur Rimbaud. On croirait entendre de la musique contemporaine par instants.
Un programme de haute tenue
À titre de comparaison, Édouard Grieg semblait moins moderne ou peut-être plus rassurant. Sa composition, la sonate pour violon et piano opus 13, proposait à la violoniste de nombreuses figures virtuoses et stylistiques. Un premier mouvement, allegro vivace, plein et ample bien rendu par Vanessa Husaruk, et deux mouvements finaux (allegretto tranquillo et allegro) presque chatoyants entre les doigts de la violoniste.
À propos de la sonate No 2 pour violon et piano (opus 100) de Johannes Brahms, Clara Schumann aurait dit qu’aucune «œuvre de Johannes ne m’a ravie aussi complètement. J’en ai été heureuse comme je ne l’aurai été depuis bien longtemps». Le public a pu comprendre et peut-être ressentir cet engouement avec l’interprétation d’Husaruk. Un rythme tendu, des cordes pincées, démontraient la charge émotionnelle des trois mouvements de l’œuvre (allegro amabile, andante tranquillo et allegretto grasioza) sous des dehors apparemment aimables.
Morceau final, Tzigane de Maurice Ravel aura eu le bonheur de rassurer le public, à tout le moins lui offrir une oreille plus confortable et conventionnelle avec ses accents arabes et orientaux. La danse s’invitait presque à la fête.
Après trois oeuvres plus intellectuelles dans leurs formes et leurs harmonies, Vanessa Husaruk, comme à son habitude, a trouvé là une pièce beaucoup plus complexe qu’il n’y parait, mais qui a su rallier le public à un programme osé, voire risqué, mais de haute qualité. Un défi qu’elle a su relever avec brio.