À Outremont, si votre parti est élu, comment envisagez-vous de régler la crise étudiante qui secoue le Québec depuis plusieurs mois?
Raymond Bachand, Parti Libéral du Québec
La question se pose plutôt ainsi : Comment régler le problème du sous-financement chronique de nos universités ?
De 1994 à 2003, le gouvernement péquiste a choisi le sous-investissement : à peine 390M$ sur 10 ans. Pour nous, la qualité de l’éducation est essentielle pour l’avenir du Québec. C’est pourquoi, depuis 2003, nous avons investi près de cinq fois cette somme, soit 1 795M$. Nous avons décidé de poursuivre dans cette voie.
Nous avons un Plan de financement équitable et équilibré qui apportera à nos universités plus d’un milliard de dollars de ressources additionnelles en 2018-2019, dont un peu plus de la moitié, 562 M$, proviendra du gouvernement du Québec, donc de l’ensemble des contribuables.
Les étudiants assumeront une juste part des coûts de leur formation avec une hausse de 254 $ par an, ce qui les ramènera au niveau de 1968, en tenant compte de l’inflation. Leur part passera ainsi de 13% à 17%. Une hausse étalée sur sept ans.
Pour atténuer l’impact de la hausse, le gouvernement a annoncé un ensemble de mesures faisant en sorte que plus de 50% des étudiants universitaires à temps complet bénéficieront désormais d’une aide financière du gouvernement.
De ce nombre, 67 000 étudiants universitaires recevront une bourse équivalente ou supérieure à la hausse des droits de scolarité et les étudiants dont les parents ont un revenu de 100 000 $ ou moins seront admissibles à un prêt couvrant droits de scolarité et matériel scolaire. Ces mesures seront complétées par un mécanisme de remboursement de la dette d’études proportionnel au revenu.
Roxanne Gendron, Parti Québécois
Le conflit étudiant découle de deux décisions : d’une part, l’instauration d’une hausse des frais de scolarité des étudiants de 82% sur 7 ans, et d’autre part, le vote de la loi 78 qui restreint sans raison plusieurs droits individuels.
Jean Charest a tenté d’envenimer le conflit, de diaboliser à tort les étudiants et de pousser le chaos à son paroxysme par des provocations inacceptables. Nous souhaitons au contraire apaiser les esprits et trouver un accord qui favorise l’accessibilité aux études.
Ainsi, dans les 100 premiers jours d’un gouvernement du Parti Québécois, nous abrogerons la loi 78, nous annulerons la hausse prévue de 1778 $ et nous tiendrons un sommet sur l’enseignement supérieur pour revoir le financement et la gestion des universités.
Au cours de ce sommet, qui réunira l’ensemble des acteurs du monde de l’éducation, tant les étudiants que les représentants du monde universitaire et de la société civile, tous les sujets pourront être abordés, du gel à l’indexation des droits de scolarité. Nous assumons entièrement ce choix de société: nous choisissons l’accessibilité aux études.
Claude Michaud, Coalition Avenir Québec
La Coalition Avenir Québec (CAQ) veut que les universités retrouvent leur tradition d’excellence. Avant même que ne débute la campagne électorale, la CAQ dévoilait son approche pour un retour en classe paisible après la tumultueuse crise étudiante du printemps dernier.
Notre gouvernement amendera les aspects de la Loi 78 encadrant le droit de manifester. Nous proposons également de réduire les hausses prévues des frais de scolarité de 254$ par an sur 7 ans à 200$ par an pour les cinq prochaines années.
Un gel des frais de scolarité ou tout simplement la gratuité ne sont pas des options préconisées : La Coalition veut redonner au système universitaire québécois les moyens de maintenir et renforcer sa tradition d’excellence en recherche et en enseignement, tout en maintenant le principe de l’accessibilité aux études universitaires. La CAQ retarderait également jusqu’à janvier 2013 l’application de la hausse.
La Coalition Avenir Québec prévoit que le financement supplémentaire accordé aux universités soit assujetti au dépôt d’un plan de rationalisation de leur gestion. Nous tenons à ce que les services aux étudiants soient améliorés grâce à une meilleure allocation des ressources résultant du travail des institutions.
N’oublions pas qu’avant de donner notre accord à la Loi 78, la CAQ a proposé de nombreux amendements. La Coalition Avenir Québec a toujours travaillé à trouver une résolution paisible à la crise et nous croyons que la dernière proposition va dans ce sens.
Édith Laperle, Québec Solidaire
C’est très simple. Avec notre élection, la crise prendrait fin immédiatement. Nous instaurerions le gel des droits de scolarité. Pour ce faire, nous voulons rétablir la taxe sur le capital des banques et autres entreprises financières à un taux de 0,3 %. Ensuite, nous nous engageons à instaurer la gratuité scolaire d’ici à 2017-2018, notamment en imposant des redevances à la source dans les compagnies minières et en nationalisant le secteur des énergies vertes.
Nous ne voyons pas la gratuité scolaire comme un luxe ni même comme une dépense, mais bien comme le plus bel investissement pour nos enfants et notre jeunesse. C’est un geste de confiance en l’avenir du Québec, en sa capacité à développer une économie du savoir nécessaire pour prendre le tournant écologique.
De plus, nous abrogerions la loi 78, qui a mis le feu aux poudres. Au lieu de négocier une solution au conflit, le gouvernement Charest l’a laissé dégénérer et a perdu le contrôle. Peut-être voulait-il faire oublier les scandales de corruption qui déferlent sans arrêt depuis son élection en 2008.
La loi 78 entrave sérieusement et sans raison suffisante les libertés d’association et de manifestation. Plusieurs organismes hautement crédibles l’ont sévèrement critiquée : pensons à la Commission des droits de la personne du Québec, au Barreau du Québec, à la haute-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU ainsi qu’à Amnistie internationale.
Luc Séguin, Option Nationale
Un gouvernement Option Nationale n’aurait aucune difficulté à régler le dossier de la crise étudiante tout simplement parce qu’il irait de l’avant avec les engagements de sa plateforme en instituant une gratuité scolaire balisée dès son premier mandat. Et s’il agit ainsi, ce n’est pas pour abdiquer devant les associations étudiantes, ni pour courtiser les jeunes électeurs.
C’est uniquement parce qu’Option Nationale estime que l’éducation ne devrait jamais être considérée comme une dépense, mais bien plutôt comme un investissement, et comme l’un des plus lucratifs qui soit. Les expériences menées en la matière par d’autres nations telles l’Allemagne et la Norvège, qui ont eu l’audace d’instaurer la gratuité scolaire, sont tout à fait éloquentes.
Comme les étudiants tendent naturellement à se former davantage dans un contexte de gratuité scolaire, ils bénéficient de meilleurs emplois et de meilleurs salaires lors de leur entrée sur le marché du travail en plus d’attirer plusieurs entreprises à la recherche d’une main d’œuvre qualifiée.
Pour l’État, cela se traduit éventuellement par de meilleures entrées fiscales qui viennent largement couvrir les coûts liés à la gratuité scolaire. Des études récentes démontrent même que chaque dollar investit dans la formation en rapporte sept à l’État. La gratuité scolaire est donc lucrative sur le plan économique et vaut la peine d’être instaurée sans même avoir à invoquer tout les bénéfices sociaux que procure une meilleure éduction.
Ainsi, il faut répondre à ceux qui disent que le Québec n’a pas les moyens d’instaurer la gratuité scolaire que le Québec n’a plutôt pas les moyens de ne pas instaurer la gratuité scolaire.