Le Collège Jean-de-Brébeuf se ravise
Marie-Pier Gagné
Jacqueline Laurent-Auger, âgée de 73 ans, avoue avoir joué nue dans des films français destinés aux adultes, dans les années 60 et 70.
Toutefois, jamais la comédienne n’aurait cru que ces vieilles histoires reviendraient la hanter, plusieurs années plus tard. À la fin de la dernière année scolaire, des élèves ont découvert sur Internet des scènes de films, où elle apparaissait à demi nue. Certains se seraient par la suite rendus aux bureaux de la direction, avec les preuves de leur trouvaille.
Pour le directeur du Collège Jean-de-Brébeuf, Michel April, il n’y avait pas d’autres choix que de remercier la dame. Sa crédibilité aurait chuté, selon lui.
«Il est primordial que le climat soit propice à l’apprentissage, et c’était compromis par la découverte de ces vidéos. Tous les employés du Collège se doivent d’être un modèle pour les élèves. Ce n’est pas ce modèle-là qu’on veut véhiculer à nos jeunes», explique le directeur.
Surprise et anéantie
Estimant avoir été renvoyée «brutalement», Jacqueline Laurent-Auger dit être anéantie par ce congédiement. «Il n’y a aucune raison valable pour que je sois aujourd’hui réduite au verdict du Collège Jean-de-Brébeuf, aucune raison qui m’a été donnée ne justifie que mon travail de transmission soit balayé du revers de la main», estime-t-elle.
La comédienne, qui a aussi joué récemment dans l’émission Mauvais Karma, exprime la difficulté de concevoir une telle démagogie venant d’un collège comme Jean-de-Brébeuf.
«Ils appuient essentiellement leur décision sur la découverte sur Internet d’une biographie à mon nom dont je ne connaissais même pas l’existence avec des liens menant à des extraits», souligne-t-elle.
Ne cachant pas sa déception, Mme Laurent-Auger déplore aussi la façon dont elle a été congédiée. «Au lieu de minimiser l’affaire comme il était possible de le faire en y voyant là une possibilité d’éducation, les décideurs du collège ont donné raison aux élèves, affirme-t-elle. Et pourtant, j’ai toujours eu des commentaires positifs, des professeurs et des étudiants heureux et contents de mes cours pendant 15 ans. Et après la découverte des vidéos, rien n’avait changé dans ma relation avec eux.»
Jacqueline Laurent-Auger assure ne rien regretter de sa carrière. «Je suis très fière de tout ce que j’ai fait et dit dans ma vie. J’ai fait partie de l’évolution du cinéma des 50 dernières années comme beaucoup d’artistes d’ici ou d’ ailleurs», souligne-t-elle.
Selon David Harvengt, spécialiste en éthique professionnelle, les tribunaux donneraient probablement raison à Mme Laurent-Auger, si elle contestait son congédiement devant le tribunal du travail.
«Les commissions scolaires ou les directions qui ont congédié des enseignants pour des actions passées sont souvent déboutées en Cour», explique le professeur de l’Université Laval.
Le collège se ravise
Une pétition en guise de soutien à la dame de 73 ans sera initiée dans les prochains jours, par des élèves du collège Jean-de-Brébeuf, selon ce qu’a pu apprendre L’Express. Devant la pression populaire, la direction de l’école a aussi ouvert la porte à un retour de Mme Laurent-Auger. Au moment de mettre sous presse, la dame affirmait au journal être en pleine réflexion, sans vouloir se prononcer davantage à ce sujet.