De la condescendance
Il était encore possible d’acquérir, jusqu’à il y a peu de temps, une « connaissance universelle ». C’est chose plus difficile dans nos sociétés actuelles. Nous devenons de biens tristes spécialistes.
Soit nous savons expliquer la différence entre une césure lyrique et une césure épique, soit nous comprenons le principe mécanique d’une brosse à dents électrique. Rarement les deux. Les individus se regroupent généralement par zones d’affinités et rares sont les intellos qui, autrement que par condescendance ou par souci de se la jouer cool, ont vraiment pour amis des analphabètes. Rares sont en même temps les ouvriers qui se gaussent d’avoir pour ami un philosophe.
Les mieux nantis ne se vantent que rarement de côtoyer un pauvre, à moins que ce ne soit pour le servir, d’une manière ou d’une autre, mais par contre, les pauvres rêvent souvent d’être le proche d’un riche. D’où les salaires des joueurs de hockey…
Personne ne va aduler et prendre pour idole quelqu’un qui gagne 25 000 $ par an, Come on ! En connaissez-vous, à part quand c’est pour promouvoir une activité de financement de leur fondation machin-truc-muche, des joueurs de hockey qui se vantent d’avoir des amis pauvres et loosers?
Bon, ce n’est pas très clair, mais je sais que vous me suivez.
Mon pharmacien
Parce qu’I’m a man with a past, je dois visiter de manière régulière mon médecin, tout comme je dois passer tous les mois chez mon pharmacien, qui n’est pas mon ami, quoiqu’en dise la publicité.
Je ne suis ni médecin ni pharmacien, mais il s’avère que je connaisse, parce que j’aime les mots, le vocabulaire de ma condition. Je sais ce que j’ai et je sais comment le nommer. Je connais aussi les noms de la plupart des médicaments et des molécules que je dois consommer, de même que leur fonctionnement sur mon organisme : Internet, ce n’est pas pour les chiens.
Jamais je n’oserais m’auto-diagnostiquer. Internet ne dit pas tout et ne remplace surtout pas toutes ces années d’études très chères que l’État paie pour former nos spécialistes de la santé et qui, souvent, finissent par aller en faire profiter des citoyens d’autres pays… Mais là n’est ni le sujet ni le propos de cette chronique.
Cette chronique parle de condescendance. Cette chronique parle de prendre les gens de haut. Pour des imbéciles et pour des cons. Ça ne vous est jamais arrivé, vous, d’avoir l’impression que votre médecin ou votre pharmacien ne vous dit pas tout et qu’il ne le fait pas, non pas dans le but de ne pas vous informer, mais parce qu’il est certain que vous n’y comprendrez rien ?
Mon médecin à moi a vite compris : sans être formé en science de la santé, j’ai fait assez de bio et de chimie pendant mon parcours scolaire pour faire la différence entre l’hémoglobine glyquée et le taux de sucre dans mon sang, entre le taux de bon cholestérol et le mauvais, entre le systolique et le diastolique lorsqu’il est question de ma tension artérielle. Je sais aussi qu’une bactérie se chasse souvent avec un antibiotique et qu’un virus a besoin d’un antivirus, souvent produit par le corps lui-même ou par un vaccin, pour être contrôlé. Mon médecin m’explique. J’aime bien mon médecin.
Mon pharmacien, par contre, ne me connaît qu’en fonction d’un écran d’ordinateur, qu’en fonction de mon dossier à la RAMQ. Mon pharmacien ne sait rien de moi et ne veut rien d’autre de moi que mon fric, ou celui de l’État qui paie à ma place. Or, lorsque mon pharmacien me prend pour un imbécile et me parle comme si j’avais le quotient intellectuel d’un babouin en rut, il m’arrive d’avoir envie de lui arracher le nez pour lui greffer au palais!
La couverture culturelle
À la radio, ces temps-ci, lorsque des chroniqueurs culturels prennent la parole, c’est souvent franchement détestable de condescendance.
On dirait qu’ils ont fait des études de pharmacologie tellement ils ne connaissent rien à leurs sujets et tellement ils nous prennent pour des imbéciles. Long détour, je sais. Mais il fallait que ce fût dit.