Sur mon balcon, un petit matin…
Au balcon du petit matin, je fume, au soleil. J’observe les bourgeons de l’érable sous mon balcon, si près d’éclater.
Samedi, je raterai peut-être, même si le printemps arrive toujours avec quelques jours de retard là-bas, le magnifique rosé que prend le mont Orford quand les bourgeons des érables sont sur le point d’éclore et qu’ils deviennent rouges.
Ce matin, cigarette au soleil sur mon balcon, je regarde baiser un couple d’écureuils.
C’est un peu comme les lapins, les écureuils : ça va vite.
Ce n’est pas très excitant.
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Ce matin, cigarette au bec sur mon balcon, je pense à Pierre-Karl. Pas très excitant non plus, avouez.
Je pense à trois dames, dans les 70 ans, assises à une terrasse à Saint-Tropez, qui boivent leur petit thé de vieilles dames. Brigitte Bardot passe par là et les trois septuagénaires la regardent passer. Une d’elles dit : « vous vous souvenez les filles, à quel point nous avons tout fait pour lui ressembler? Eh ben finalement, on peut dire qu’on a réussi! »
Pourquoi je pense à Bardot en évoquant PKP? Parce que j’imagine la bonne vieille aile droite du Parti québécois en train de rigoler en se frottant les mains de satisfaction : « vous vous souvenez les gars comment on a tout fait pour privatiser Hydro-Québec? Eh ben finalement, Pauline va réussir! »
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Ce matin, cigarette éteinte, je feuillette le catalogue de l’exposition Un art de la guerre, de Guy Debord, à la Bibliothèque nationale de France. J’irai, avant que ça finisse, même si dans les mots « Exposer Debord », il y a un paradoxe automatique.
J’attrape le catalogue et je me dis, encore une fois, en le feuilletant, que ce penseur, cet artiste fou, a été celui qui, de son temps, a le mieux préfiguré notre monde : le spectacle.
PKP est le président du conseil d’Hydro-Québec.
What a bad joke.
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Ce matin sur mon balcon, j’ai mal. On m’a charcuté la bouche la semaine dernière et je peux à peine manger, ce qui, chez moi, est une aberration absolue.
Michel Vézina, ne plus pouvoir manger… Faut que ce soit douloureux.
Je sens les fils de la chirurgienne sur mes gencives, les alvéoles qui se referment lentement. La moindre pression me fait hurler. Mais un peu moins, quand même, que le monde dans lequel nous vivons, et dont nous acceptons en souriant la violence, le ridicule et l’obscénité.
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PKP est président d’Hydro Québec.
Je fume sur mon balcon en rêvant du rose des bourgeons d’érable et en regardant baiser les écureuils.
J’ai de belles dents, enfin.
Reste peut-être un peu d’espoir.