Des biologistes tentent d'éradiquer la renouée
« Les gens la trouvent belle, mais le problème est qu’au bout de quelques années, elle prend toute la place et finit par déborder chez les voisins », explique Sylvie Bibeau, directrice de la ZIP Jacques-Cartier.
Une plante fertile
Une fois qu’elle a été introduite quelque part, la plante ne cesse de prendre de l’expansion, créant un véritable mur de bambou. La plante a également de très bonnes capacités de reproduction.
En plus de se répandre grâce aux graines que produisent ses fleurs, elle peut se reproduire par les racines qui contiennent les deux tiers de sa biomasse. Elles peuvent descendre jusqu’à trois mètres dans le sol et s’étendre sur une dizaine de mètres autour de la plante.
Une nouvelle plante peut également pousser lorsqu’un petit morceau de tige ou de racine se loge dans le sol. Les jardiniers qui tentent de se débarrasser de la plante contribuent donc souvent à son expansion en jetant les tiges dans les résidus verts ou les fossés.
« C’est ce qui est arrivé à la décente de bateau de la 36e Avenue, à Pointe-aux-Trembles, raconte Valérie Aubin, experte en plante envahissante pour la Zip. C’est quelqu’un qui en avait dans sa cour et qui l’a jetée de l’autre côté de la clôture. Maintenant, la colonie traverse des deux côtés. »
Des morceaux de branche contaminent aussi parfois la terre de remblayage. Mme Bibeau estime d’ailleurs que c’est ce qui s’est passé dans le nouveau développement du Faubourg aux Prairies où la renouée pousse sur plusieurs terrains.
Difficile à déloger
Pour éviter que la renouée devienne un véritable fléau, le ministère de l’Environnement a chargé la Zip Jacques-Cartier de trouver un moyen de l’éradiquer.
La biologiste teste plusieurs méthodes pour tenter de mettre un frein à sa propagation. La méthode la plus efficace est de couper la tige près du sol, chaque trois semaines de juin à octobre. Lorsque la colonie existe depuis longtemps, il faut répéter l’exercice pendant huit ans pour parvenir à la contrôler.
« Il faut intervenir rapidement parce que lorsqu’il s’agit d’une jeune colonie, on peut l’éradiquer avec seulement quelques coupes. Si on attend trop longtemps, les rhizomes deviennent très gros et ils prennent beaucoup d’ampleur d’une année à l’autre », explique la biologiste.
Même lorsque les jardiniers parviennent à faire disparaître la plante, rien ne garantit que le problème soit résolu puisqu’elle peut rester en dormance, sous la terre, pendant dix ans.
Un problème mondial
Le Canada n’est pas le seul pays aux prises avec ce fléau et les chercheurs regardent attentivement les recherches menées de l’autre côté de l’Atlantique. Plusieurs pays européens ont opté pour l’utilisation de méthode chimique, qui semble efficace.
« Puisque la plante pousse souvent dans les milieux humides, on ne peut pas utiliser cette méthode. Cela ne ferait que déplacer le problème », admet Mme Aubin.
La méthode non chimique qui semble la plus prometteuse et la plus durable pour les Européens est la lutte biologique. Pour que cette méthode soit viable, il faut trouver un insecte qui sera efficace, mais qui ne deviendra pas, lui-même, une espèce envahissante.
« Les inventaires entomologiques que nous avons faits au Québec n’ont pas permis de trouver d’ennemi naturel à cette plante. Il y a présentement des études sur un psylle qui sont en cours, mais elles ne sont pas terminées. Il faut encore déterminer si cet insecte va s’attaquer à d’autres plantes », explique Mme Aubin.