Des oreilles qui aident à lire
Tout a commencé, il y a dix ans. Pour se désennuyer, M. Simoneau faisait un peu de bénévolat à la bibliothèque de l’école Sainte-Germaine-Cousin, à Pointe-aux-Trembles. Alors qu’il était plongé dans un livre, un gros, un vrai, un petit garçon s’est approché pour lui demander ce qu’il faisait.
« Je lis », lui a simplement répondu M. Simoneau. « Est-ce que je peux lire avec toi? », lui a demandé le garçon. Après avoir obtenu l’approbation de son aîné, le petit s’est choisi un livre et c’est ainsi qu’« Aidez-moi à lire » a vu le jour.
« Au début, ce n’était pas prémédité, ça s’est passé spontanément », admet M. Simoneau. Mais au fil du temps et avec l’arrivée d’autres bénévoles, le projet s’est structuré. Aujourd’hui, ils sont plus d’une dizaine à se rendre, deux fois par semaine, à l’école Sainte-Germaine. Pendant deux heures et demie, les bénévoles écoutent les enfants lire, à tour de rôle.
« Nous sommes des bénévoles, pas des professeurs, insiste M. Simoneau. Nous sommes des oreilles, nous ne sommes pas là pour corriger, mais pour écouter. Bon, nous faisons bien quelques corrections mineures, mais, l’important, c’est l’écoute. »
Au cours de sa carrière de bénévoles, M. Simoneau aura réussi à intéresser des centaines de jeunes à la lecture. Malgré tout, certains passent entre les mailles de son filet. « Quand je ne réussis pas intéresser un enfant à la lecture, j’ai bien un sentiment d’échec, mais je suis heureux puisqu’on réussit avec plus de la moitié d’entre eux », se console-t-il.
Parmi ceux pour qui le programme a vraiment fait une différence, M. Simoneau se souvient de la petite Jasna*. « Au début, elle ne voulait pas lire. Elle s’assoyait sur mes genoux et ça lui prenait une demi-heure pour lire huit pages. » Mais la fillette s’était prise d’amitié pour l’homme, au point de devenir presque encombrante. « La deuxième année, quand elle est revenue, elle s’est mise à lire très fluidement. Je lui ai demandé qu’est-ce qui s’était passé. Elle m’a répondu qu’elle avait lu tout l’été pour que je sois fière d’elle à son retour. »
Un projet en expansion
Jusqu’à maintenant, les livres utiliser provenaient de la bibliothèque de l’école et de dons, mais récemment, le programme a reçu une subvention de 2500 $ de la Fondation de la Pointe-de-l’Île, afin d’acheter des livres et des récompenses pour les élèves de première et deuxième années.
M. Simoneau salue ce don, mais, ce qu’il aimerait le plus est que le programme soit disponible pour les élèves de troisième année, ou même ceux d’autres écoles. Pour cela, il aurait besoin de plus de bénévoles.
« Plus il y a de bénévoles, plus les enfants ont le temps de lire. Plus ils lisent, plus ils ont envie de lire. J’aimerais que ça existe dans toutes les écoles. L’école Sainte-Germaine est la seule place où ça existe et c’est un modèle qui fonctionne », assure M. Simoneau.
Bien qu’il n’ait pas l’intention de se retirer de si tôt, M. Simoneau est bien conscient que sa forme physique ne lui permettra plus de s’occuper d’« Aidez-moi à lire », un jour ou l’autre. Déjà, il pense à la relève. Depuis maintenant quatre ans, la bénévole Francine Tremblay est son bras droit. L’homme assure que c’est cette femme, dans la jeune soixantaine, qui assurera la continuité du projet.
*Nom fictif